Haïti face à une violence en mutation : 175 homicides en février révèlent une crise sécuritaire plus profonde

L’Organisation pour le Respect et la Défense des Droits Humains (ORDEDH) alerte sur l’évolution de la violence armée en Haïti. Dans un communiqué publié jeudi, l’organisation indique que 175 homicides ont été recensés en février 2026, contre 299 en janvier, estimant toutefois que cette baisse apparente ne traduit pas une amélioration de la situation sécuritaire.

Port-au-Prince, 5 mars 2026 —Selon l’ORDEDH, ces chiffres reflètent plutôt une transformation des dynamiques criminelles. Les groupes armés auraient renforcé leurs stratégies d’occupation territoriale et développé des méthodes tactiques plus sophistiquées que celles observées en 2025. L’organisation souligne également que la violence reste à un niveau critique dans un contexte marqué par un ralentissement des opérations sécuritaires pendant plus d’un mois.

Cette pause dans les interventions aurait permis aux groupes criminels de consolider leurs positions et de déplacer certaines bases logistiques vers des zones auparavant moins touchées. La capitale et ses environs seraient devenus un espace de manœuvres tactiques où les factions armées étendent progressivement leur influence, selon l’organisation.

L’ORDEDH estime par ailleurs que l’utilisation de drones dans la lutte contre les gangs n’a produit aucun résultat tangible en février. Pour l’organisation, cette situation révèle les limites d’une approche essentiellement technologique qui ne s’accompagne pas d’un engagement stratégique et opérationnel suffisant. Elle évoque également un climat de découragement au sein de la Police nationale d’Haïti (PNH), dont les agents seraient confrontés à un manque de soutien institutionnel en cas de blessure ou de décès en service.

Les données analysées montrent aussi une évolution dans la létalité des affrontements. Bien que le nombre total de victimes ait diminué, la proportion de décès liés aux interventions policières serait passée de 0,33 % en janvier à 0,57 % en février, soit une hausse relative de 72 %. Cette tendance traduirait, selon l’organisation, un environnement opérationnel de plus en plus difficile pour les forces de l’ordre face à des groupes armés mieux organisés et capables d’étendre leurs activités vers les départements de l’Artibonite et du Centre.

Au-delà des statistiques, l’ORDEDH insiste sur les conséquences humaines de la crise sécuritaire, évoquant le sacrifice de nombreux policiers dont les familles se retrouveraient souvent sans soutien après leur décès. L’organisation estime que la sécurité nationale ne peut être reléguée au second plan sans risquer un affaiblissement durable de l’autorité de l’État.

Pour y faire face, elle recommande notamment le renforcement du renseignement préventif, la création d’un service d’intelligence structuré et la mise en place d’un protocole de prise en charge socio-médicale pour les agents de la Forces armées d’Haïti (FAD’H) et de la PNH. Selon l’ORDEDH, la restauration de la souveraineté territoriale passe par un investissement stratégique dans les capacités d’analyse et d’anticipation de l’État afin de freiner l’expansion des groupes armés.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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