Pèlin Tèt : Une œuvre théâtrale intemporelle mettant à nu les déboires d’Haïti
Alors que de plus en plus, les citoyens haïtiens sont contraints à l’exil physique et/ou psychique : un retour historique aux années 80 nous rappelle qu’un peuple qui ignore son histoire est condamnée à retomber dans les mêmes travers.

En effet, selon les statistiques officielles, plus de 2 millions d’haïtiens résidaient en terre étrangère au début des années 2000 dont plus de 90% en Amérique, une quantité qui a considérablement augmenté en raison des nouveaux moyens permettant de s’installer dans un autre pays légalement et illégalement.

Pèlin Tèt, œuvre théâtrale de Franckétienne adapté au théâtre national en 1979, décrit la vie de deux ressortissants haïtiens, Polidò, un intellectuel depaysé contraint de vivre loin de sa partrie sous la dictature des Duvalier, et Piram, un ouvrier, également exilé. Les deux pourtant très différents sont contraints de se supporter alors qu’il se réfugient dans le sous-sol d’une maison aux États-Unis.
La situation de Polidò et de Piram est aujourd’hui celle de milliers d’haïtiens, ouvriers ou intellectuels, amenés à s’exiler et à fuir, pour survivre.
En effet, les récentes violences des groupes armés ont fait plus de 1, 4 millions de déplacés à l’intérieur du pays, dont 48% du côté des enfants selon l’UNICEF, une personne sur deux, ne mange pas à sa faim en Haïti, soit la moitié de la population, selon l’IPC, entre 2022 et 2025, les violences armées ont fait plus de 16 000 victimes selon l’ONU, par ailleurs, elle estime à 500 000 le nombre d’armes circulant illégalement dans le pays en 2025, alors que près de 90 % de la capitale reste jusqu’à présent sous contrôle des groupes armés, des chiffres qui illustrent l’ampleur de la crise et le motif des déplacements en masse.
En parallèle, en 2025, les autorités dominicaines ont rapatrié plus de 500 000 haïtiens, sans compter ceux rapatriés des autres autres Antilles, 500 000 autres sont menacés aux États-Unis par un éventuel coupure du TPS, et alors que les envois de fonds de la diaspora vers Haïti représente 20% de son économie, l’administration Trump a ouvertement déclaré vouloir combattre ce phénomène, en début de semaine.
Alors que Pèlin Tèt est vieux de 40 ans, l’histoire qu’elle raconte fait encore écho à ce qu’est devenu la vie des Haïtiens aujourd’hui encore, et même davantage qu’hier. L’assassinat de Jovenel Moïse, la MMAS déchue, la FRG qui a pris la relève, et le CPT qui n’a pas abouti sont autant de facteurs qui ont contribué à aggraver la crise multisectorielle qui sévit dans le pays depuis plusieurs décennies. Dans ce tourbillon d’événements dévastateurs, une interrogation se maintien : la nouvelle phase de la transition dirigée par Alix Didier Fils-Aimé doublé de son nouveau gouvernement récemment modifié et installé, parviendront-ils à endiguer la crise et à classer l’histoire de Pèlin Tèt au rang de souvenirs ou au contraire, plongeront t-ils le pays davantage dans le chaos et en feront-ils une œuvre actuelle et immortelle ?
Wilda DÉNESTANT
Vant Bèf Info (VBI)
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