Haïti : une coalition politique rejette le “Pacte national” et appelle à une transition refondatrice

Port-au-Prince, 2 mars 2026 —

Une large coalition regroupant partis politiques, organisations de la société civile, plateformes citoyennes et associations de la diaspora a publié ce lundi une déclaration conjointe particulièrement critique à l’égard de la gouvernance du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et du « Pacte National pour la stabilité et l’organisation des élections ».

Réunis sous la bannière du « Consensus Politique pour le Redressement National de la Transition », les signataires dénoncent une dégradation continue de la situation sociopolitique et sécuritaire du pays ainsi qu’un affaiblissement accru des institutions publiques. Ils estiment qu’après quinze mois de gestion sous la direction du chef du gouvernement, aucune amélioration sécuritaire significative n’a été enregistrée et que l’État n’a pas rétabli son monopole légitime de la force alors que plusieurs territoires demeurent sous le contrôle de groupes armés.
La déclaration rappelle également que M. Fils-Aimé aurait été formellement révoqué par une majorité qualifiée du Conseil Présidentiel de Transition et considère que toute poursuite de gouvernance en dehors de ce cadre constituerait une entorse grave au principe de légalité et un précédent dangereux pour l’ordre constitutionnel.

Les signataires expriment aussi de vives préoccupations concernant la signature, au nom de l’État haïtien, d’un contrat lié à la sécurisation des frontières terrestres et maritimes avec la firme Evergreen Trading System Limited. D’un montant supérieur à 500 millions de dollars américains, cet accord est jugé opaque et conclu sans base institutionnelle légale et légitime clairement établie. Les organisations s’interrogent sur la qualité et le statut des décideurs ayant engagé l’État dans un tel contrat et y voient un risque sérieux pour la souveraineté nationale.

Le « Pacte National pour la stabilité et l’organisation des élections » est qualifié d’arrangement politique circonstanciel conclu entre des acteurs fragilisés cherchant à se repositionner dans le paysage politique. Selon les signataires, cet accord ne repose ni sur un consensus national inclusif réel ni sur une base légale solide et ne saurait garantir la stabilité politique ni l’organisation d’élections crédibles. Ils estiment en outre que les expériences passées démontrent qu’un exécutif monocéphale dirigé par un Premier ministre ne peut conduire le pays vers des élections, plaidant plutôt pour un exécutif bicéphale garantissant un équilibre institutionnel.

La coalition soulève également la question de l’impartialité électorale en affirmant que M. Fils-Aimé aurait présenté son propre candidat à la présidence avant l’échéance constitutionnelle du 7 février et que plusieurs membres de son entourage seraient engagés dans des démarches de candidature. Une telle situation, selon eux, créerait un conflit d’intérêts compromettant les conditions nécessaires à l’organisation d’un scrutin libre, équitable et transparent.

Au-delà des critiques, les signataires réaffirment leur attachement à une solution haïtienne durable fondée sur la responsabilité nationale et le contrôle souverain des choix institutionnels, à un exécutif bicéphale assurant un équilibre des pouvoirs, à un accord politique inclusif intégrant les forces représentatives du pays, au respect strict des principes républicains et à l’organisation d’élections libres et crédibles dans un climat sécuritaire stabilisé sur l’ensemble du territoire.
Ils appellent également à une réorientation des relations internationales d’Haïti fondée sur la dignité, la coopération équitable et le respect de la souveraineté, rappelant le rôle historique du pays comme première République noire indépendante issue d’une révolution antiesclavagiste.

Parmi les personnalités et organisations signataires figurent notamment l’ancien président du Sénat Simon Dieusel Desras, le sénateur Dieupie Chérubin, le député Jonas Coffy ainsi que des représentants du Forum Haïtien pour la Paix et le Développement durable, du Regroupement des Avocats Engagés contre la Corruption, de l’Assemblée signataire de l’Accord Montana, du Congrès National Ouanaminthe, du parti MAPOU, du Parti d’Action Citoyenne, du Bloc Centriste d’Haïti et de plusieurs organisations citoyennes.

La déclaration rendue publique à Port-au-Prince se veut un appel à un sursaut national et à la restauration de l’ordre institutionnel à travers un accord politique véritablement inclusif, ses auteurs estimant qu’aucun contexte d’urgence ne peut justifier la suspension indéfinie des principes républicains.

Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *