Annonce américaine sur les FAD’H : Ricardo Germain appelle à la prudence

L’annonce d’un financement américain en faveur des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) suscite de nombreuses réactions dans l’espace public. Invité, le mardi 24 février, à l’émission Panel Magik sur Radio Magik 9, l’analyste Ricardo Germain a livré une lecture nuancée de cette décision, appelant à éviter toute interprétation hâtive.

Port-au-Prince, 25 février 2026. —Selon lui, l’enthousiasme suscité par cette annonce paraît prématuré. Le montant évoqué, explique-t-il, reste limité et ne saurait être interprété comme un engagement durable. Il rappelle que le décaissement dépend de plusieurs étapes institutionnelles aux États-Unis, notamment de l’examen du Sénat des États-Unis, ce qui signifie que l’aide pourrait être modifiée, retardée ou suspendue.

L’analyste insiste également sur le caractère non définitif de l’initiative, qu’il présente comme une phase d’évaluation. À ses yeux, États-Unis observeront la capacité des autorités haïtiennes à structurer l’institution militaire avant d’envisager un appui plus conséquent. Il estime que cette contribution constitue davantage un signal diplomatique qu’un tournant sécuritaire majeur. Il souligne par ailleurs l’absence d’un partenariat militaire structuré entre les deux pays et déplore le manque d’un plan stratégique clair au sein des FAD’H définissant priorités, organisation et perspectives de développement.

La reconstitution du Ministère de la Défense d’Haïti et de l’armée, rappelle-t-il, s’est effectuée dans un contexte d’urgence sécuritaire. Selon lui, cette situation a favorisé des décisions rapides, laissant en suspens plusieurs questions conceptuelles. Il observe que les militaires interviennent principalement en appui à la Police Nationale d’Haïti, sans réelle autonomie opérationnelle, ce qui témoignerait de limites structurelles persistantes. Il évoque également les réticences américaines exprimées dès 2017, liées à la crainte d’un retour aux pratiques de l’ancienne armée plutôt qu’à la mise en place d’une force modernisée.

Le soutien annoncé devrait notamment permettre l’acquisition d’équipements et de services de défense, en particulier pour les gardes-côtes, dans le cadre du programme américain de financement militaire étranger et des opérations de maintien de la paix. Il s’agit du premier appui financier direct accordé aux FAD’H depuis 1990.

En conclusion, Ricardo Germain appelle à la retenue. Selon lui, rien ne garantit que cette aide se traduira par une transformation structurelle de l’institution. Au-delà de l’annonce, estime-t-il, l’avenir des Forces armées d’Haïti dépendra surtout de la capacité des autorités à définir une vision cohérente et crédible de la défense nationale.

Belly-Dave Bélizaire
Vant Bèf Info (VBI)


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