Haïti face à l’impasse politique, l’alerte de Lyonel Trouillot

En Haïti, le mandat du Conseil présidentiel de transition a officiellement pris fin, laissant place à une période de profonde incertitude institutionnelle. Dans un pays toujours gangrené par la violence des gangs armés, l’avenir de l’exécutif demeure flou, tandis que les perspectives d’un retour à l’ordre constitutionnel suscitent scepticisme et inquiétude.

France, 10 février 2026.- Invité, sur le plateau de tv5 Monde, à s’exprimer sur la situation politique actuelle, l’écrivain et intellectuel haïtien Lyonel Trouillot a livré une analyse sévère, mettant en cause la légitimité des autorités appelées à conduire le pays vers des élections. Selon lui, l’organisation d’un processus électoral crédible est compromise dès lors que la population ne se reconnaît ni dans les dirigeants en place ni dans les mécanismes de désignation du pouvoir. « Comment croit-on pouvoir amener un peuple à accepter un processus électoral dont il ne se sent pas maître ? » interroge-t-il, soulignant une rupture manifeste entre les gouvernants et les gouvernés. Pour l’auteur, cette défiance est d’autant plus profonde que les figures actuellement aux commandes souffrent d’un déficit évident de légitimité politique.

Lyonel Trouillot établit un parallèle avec les événements récents de l’histoire politique haïtienne. Il rappelle qu’il y a cinq ans, « les Américains avaient imposé le Premier ministre Ariel Henry, qui disposait de tous les pouvoirs », sans que cette configuration ne permette la tenue des élections promises. « Cela a duré trois ans, et le pays n’a jamais été conduit aux urnes », observe-t-il, redoutant aujourd’hui la reproduction du même scénario.

Sans porter de jugement sur les intentions personnelles du nouveau Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, l’écrivain affirme analyser une réalité politique préoccupante. « Ce n’est pas un jugement moral, mais une lecture lucide de la situation », précise-t-il. À ses yeux, le chef du gouvernement ne dispose d’aucune assise politique suffisante pour convaincre la population ou restaurer la confiance indispensable à un processus démocratique.

La critique s’étend également à la transmission du pouvoir au sein même du Conseil présidentiel de transition. Le dernier coordonnateur, désormais démissionnaire, jouirait, selon Trouillot, d’une légitimité encore plus fragile, rendant toute transition électorale d’autant plus contestable.

Au cœur de cette crise, l’écrivain dénonce frontalement le rôle des puissances étrangères. Il accuse les États-Unis d’avoir nommé le Premier ministre « avec la complicité des ambassades européennes », évoquant par ailleurs « la menace de bateaux américains postés dans la baie de Port-au-Prince ». Une approche qu’il juge symptomatique d’une politique de « paix par la force », dont il questionne l’efficacité et la pertinence dans le contexte haïtien.

Pour Lyonel Trouillot, Haïti n’a nullement besoin de l’ingérence des États-Unis, de la France, du Canada, de l’Union européenne ou des institutions internationales pour s’engager dans un véritable processus démocratique. « Au contraire, soutient-il, le pays aurait peut-être besoin d’une présence moins forte de ces acteurs pour s’engager enfin dans un processus véritablement haïtien, sans ingérence ».

Dans une Haïti meurtrie par l’insécurité et l’érosion de l’autorité de l’État, la parole de Lyonel Trouillot résonne comme un avertissement : sans légitimité politique, sans souveraineté réelle et sans adhésion populaire, aucune élection ne saurait offrir l’issue espérée à la crise multidimensionnelle que traverse le pays.

Wandy CHARLES
Vant Bef Info (VBI)
Avec tv5 Monde


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