La rue face au CPT : attentes, doutes et lignes rouges citoyennes
À l’approche de l’échéance constitutionnelle du 7 février 2026, le paysage politique haïtien demeure traversé par de profondes tensions. La récente initiative du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) visant à révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a ravivé les débats au sein de l’opinion publique, tout en suscitant des réactions contrastées sur les plans national et international.

Port-au-Prince, février 2026. —Cette démarche a été ouvertement désapprouvée par les États-Unis, qui ont réagi en imposant des sanctions ciblées à l’encontre de deux conseillers présidentiels, Smith Augustin et Leslie Voltaire. Une décision perçue par certains comme un signal de pression diplomatique, et par d’autres comme une ingérence directe dans les affaires internes du pays.
Malgré ces tensions, au moins quatre membres du CPT poursuivent des consultations avec des responsables de partis politiques et des acteurs de la société civile. Ces échanges portent notamment sur les scénarios politiques envisageables après le 7 février, date censée marquer la fin officielle du mandat de la transition instaurée par l’accord du 4 avril 2023.
Dans l’espace public, les interprétations divergent. Pour une partie des observateurs, la volonté de révoquer le chef du gouvernement s’inscrit dans une logique de réaffirmation de la souveraineté nationale. Selon eux, le CPT chercherait à affirmer son autonomie face aux partenaires internationaux, en particulier les États-Unis.
« Haïti ne peut pas continuer à fonctionner sous la pression permanente de puissances étrangères. Si le CPT estime que le Premier ministre ne répond plus aux intérêts du pays, il est dans son droit d’agir », estime Jean-Robert Laguerre, militant politique à Port-au-Prince, pour qui les sanctions américaines illustrent la fragilité de l’indépendance politique du pays.
À l’opposé, d’autres voix appellent à la prudence. Des citoyens et analystes soulignent que la révocation du Premier ministre, à quelques semaines de la fin théorique de la transition, pourrait accentuer l’instabilité institutionnelle dans un contexte déjà marqué par l’insécurité, l’absence d’élections et la faiblesse des institutions.
« Le problème d’Haïti ne se limite pas à une personne. Sans sécurité ni feuille de route claire, changer de Premier ministre maintenant risque surtout d’aggraver la confusion », estime Marie-Andrée Duperval, enseignante, interrogée dans la capitale.
L’accord politique ayant encadré la transition actuelle prévoit pourtant clairement la fin du mandat des autorités en place au 7 février 2026. Toutefois, une inquiétude persistante traverse la population : celle de voir se répéter un scénario de prolongation du pouvoir, à l’image de la gouvernance d’Ariel Henry, sans base électorale ni consensus politique.
Dans la rue comme dans les cercles politiques, plusieurs lignes rouges citoyennes semblent se dessiner : refus d’une prolongation unilatérale, rejet d’un pouvoir sans légitimité et exigence d’un minimum de concertation nationale avant toute décision majeure. À mesure que l’échéance approche, la pression populaire apparaît de plus en plus comme un facteur déterminant dans l’issue de cette transition déjà fragilisée.
Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)
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