« Bann sangwen, mete liv nan lekòl yo » : Marc Exavier appelle à une refonte de l’éducation en Haïti
Le professeur et écrivain Marc Exavier alerte sur la marginalisation du livre et de la littérature dans le système éducatif haïtien, appelant à un recentrage des enseignements sur la formation de l’esprit, de l’imaginaire et de la culture.

Les Côteaux, 27 janvier 2026 .— Le professeur et écrivain haïtien Marc Exavier appelle à un retour urgent du livre et de la littérature à l’école, dénonçant un système éducatif qu’il juge appauvri et déconnecté de la formation intellectuelle et culturelle des élèves.
Il s’exprime mardi lors d’un atelier d’écriture organisé par le Centre de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC) des Côteaux, dans le sud du pays.
Selon lui, de nombreuses écoles haïtiennes forment des élèves sans références littéraires ni culturelles solides. Il cite notamment le cas d’une élève de secondaire 3 convaincue que la poésie est « ennuyeuse et coupée de la vie », ou celui d’une autre, en S1, n’ayant jamais entendu parler du roman.
« Ces situations sont loin d’être marginales. Elles se répètent dans beaucoup d’écoles du pays », affirme-t-il sur les réseaux sociaux.
Une école jugée trop utilitariste
Pour Marc Exavier, la mise à l’écart progressive de la littérature dans les programmes scolaires contribue à former une jeunesse désorientée, privée d’imaginaire et de repères symboliques. « Nos jeunes sont privés de littérature, de rêves, d’horizons et de modèles », déplore-t-il.
Il estime que cette carence limite la capacité des élèves à comprendre leur société, à aimer leur pays et à s’ouvrir au monde, dans un contexte globalisé qu’il juge de plus en plus exigeant sur le plan intellectuel et culturel.
Le professeur reprend à son compte une injonction du poète haïtien Georges Castera, appelant les jeunes à s’approprier les livres par tous les moyens : « Jeunes, prenez les livres en otage », une invitation à dépasser les limites d’une école qu’il considère comme trop utilitariste et peu soucieuse de l’esprit critique.
Selon lui, l’école actuelle néglige les disciplines qui permettent à une société de se penser, de se raconter et de se projeter. « Les jeunes Haïtiens n’ont ni racines ni ailes. Ils n’ont pas les armes pour conquérir le monde, sauf une infime minorité », affirme-t-il.
Un accès limité aux livres
Cet appel se heurte toutefois à la réalité de l’accès restreint au livre en Haïti. Le pays compte peu de bibliothèques publiques, y compris dans la capitale, tandis que le coût élevé des ouvrages et le faible pouvoir d’achat constituent des obstacles majeurs pour la majorité des jeunes.
Dans un contexte marqué par un fort chômage des jeunes et une offre culturelle limitée, la relance de la lecture à l’école pose, selon plusieurs observateurs, la question des politiques publiques en matière d’éducation et de culture.
Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)
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