Réouverture annoncée des routes : la population attend des actes
Par Wandy CHARLES
Port-au-Prince, fin de matinée. La nouvelle circule vite, portée par les radios, les téléphones, les conversations de trottoir. Mario Andrésol, secrétaire d’État à la Sécurité publique, annonce la réouverture des routes du Sud et du Nord avant le 7 février 2026. Une phrase forte, dans un pays où les routes fermées sont devenues le symbole quotidien de l’insécurité et de l’enfermement.

Delmas, 7 décembre 20226.- Devant un établissement scolaire de Publain, Junior Grifon, étudiant en informatique, est assis à l’ombre maigre d’un mur. Sous un soleil de plomb, il cire soigneusement ses chaussures avant de rentrer en classe. Le geste est calme, presque méthodique. Le ton, lui, est plus réservé. « Je prends cette annonce avec des pincettes, dit-il sans lever la tête. Les responsables n’ont pas à faire des annonces, mais à poser des actions. Ils sont payés pour ça. Toute communication personnelle ressemble trop souvent à de la campagne ou à de la propagande. »
Chez le jeune étudiant, l’attente est teintée de lassitude. Il ne réclame pas des mots, mais des routes réellement ouvertes, des trajets redevenus possibles.
Un peu plus loin, au bord d’un axe encombré, Moreus Jean, chauffeur de moto, ne cache pas sa colère. Casque sous le bras, regard dur, il tranche net : « Moi, je n’y crois pas. Depuis quand les dirigeants tiennent-ils parole ? Depuis quand ont-ils montré la volonté réelle de supprimer les gangs, de neutraliser les bandits ? Pourquoi attendre le 7 février ? Pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? »
Pour lui, la date annoncée sonne comme un délai de trop, une promesse suspendue, alors que chaque jour de blocage coûte du travail, de l’argent et parfois des vies.
À Pétion-Ville toujours, mais dans un petit atelier animé par le bruit discret des machines, Harold Joseph, chef d’une micro-entreprise, adopte un ton plus mesuré. Il veut croire, ou du moins attendre. « Je prends l’ancien directeur général de la PNH au mot, confie-t-il. Après tout, c’est sa responsabilité. La population ne demande que ça : circuler librement, travailler, vivre. J’attends la mise en branle du plan, son exécution. Si les résultats sont là, ils ne pourront être que bénéfiques pour le pays. »
Entre scepticisme prudent, rejet frontal et espoir conditionnel, la parole citoyenne dessine une même ligne de fond : les Haïtiens veulent des actes. La réouverture des routes du Sud et du Nord, si elle se concrétise, ne sera pas seulement une mesure sécuritaire. Elle sera un test. Un test de crédibilité, de volonté politique, et de capacité de l’État à reprendre pied sur des axes vitaux.
D’ici au 7 février, le pays observe, compte les jours et, surtout, attend de voir si la promesse deviendra enfin réalité.
Vant Bef Info (VBI)
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