Haiti : Les enfants, premières victimes de la crise sécuritaire

Alors que la violence des gangs s’intensifie à Port-au-Prince et dans d’autres régions du pays, les plus fragiles – les enfants – paient le prix le plus lourd. Entre pertes de foyers, violences et privations, des centaines de milliers de mineurs se retrouvent exposés à une insécurité extrême, malgré les programmes de protection mis en place.


CP: UNICEF

Port-au-Prince, le 27 décembre 2025.– La crise sécuritaire qui secoue Haïti frappe d’abord ceux qui devraient être protégés : les enfants. Selon un rapport récent de l’UNICEF publié en octobre 2025, le nombre de mineurs touchés par la violence des gangs a quasiment doublé sur l’année, atteignant 680 000 victimes. Ces chiffres inquiétants révèlent l’ampleur du phénomène et l’urgence d’agir.

Dans de nombreux quartiers, les enfants sont contraints de participer à des activités criminelles orchestrées par des gangs comme Viv Ansanm. Pour d’autres, la violence a signifié la perte totale de leur foyer, les contraignant à rejoindre les camps pour personnes déplacées internes (PDI).

Pourtant, ces camps, loin d’offrir sécurité et protection, présentent de nombreuses failles. Selon l’ONG SOS Enfants, 33 % des sites d’hébergement à Port-au-Prince sont sous-équipés, aggravant la vulnérabilité des enfants. Cette insuffisance d’infrastructures facilite également l’exposition aux violences sexuelles, phénomène exacerbé par les déplacements massifs.

Maria, 16 ans, témoigne de cette dure réalité : « Je suis constamment agressée à cause de ma position et de mon âge. C’est surtout le manque de surveillance qui permet aux agresseurs d’agir sans crainte. » De son côté, Sonson (nom modifié), âgé de 9 ans, raconte les difficultés à poursuivre ses études : « La gen twop bwi m pa ka etidye, men y ap kale m si m pa fe devwa ». Ces témoignages illustrent l’impact quotidien de l’insécurité sur la vie des enfants, entre peur, privation et interruptions scolaires.

Malgré les programmes gouvernementaux en partenariat avec l’UNICEF et d’autres organisations, le recrutement d’enfants par les gangs reste un fléau persistant. De manière tragiquement ironique, ce sont parfois des enfants qui expulsent d’autres enfants de leurs foyers, créant un cercle vicieux de violence et de vulnérabilité.

La solution, selon les experts, passe par des actions drastiques de l’État pour reprendre le contrôle des territoires occupés par les gangs et permettre aux familles de retrouver leur domicile. Toutefois, cela doit s’accompagner d’un dialogue national sincère visant à réduire les disparités sociales qui exposent les populations des ghettos à la violence et à l’exclusion.

En définitive, protéger les enfants d’Haïti ne relève pas seulement de l’urgence humanitaire, mais constitue un impératif pour la stabilité future du pays. Tant que l’insécurité persistera, ce sont les plus jeunes qui continueront à en payer le prix.

Sarah Germain

Vant Bèf Info


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