Haïti : les autorités de transition présentent leurs vœux dans un climat d’incertitude

Dans les salons réservés de la Villa d’Accueil, le Président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cy, entouré du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, a présidé ce mardi la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux de fin d’année aux grands corps de l’État et au corps diplomatique accrédité en Haïti. Un rituel étatique respecté, dans un pays où l’exception est devenue la norme, mais qui soulève inévitablement des interrogations au regard de la profondeur de la crise que traverse la nation.

Port-au-Prince, 16 décembre 2025.- La cérémonie s’est déroulée en présence des membres du CPT, du président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), de représentants du Conseil électoral provisoire (CEP), de hauts fonctionnaires de l’administration publique ainsi que de partenaires internationaux. Dans un décor protocolaire soigneusement maîtrisé, les discours ont insisté sur la continuité de l’État, la responsabilité institutionnelle et la promesse d’un retour à l’ordre constitutionnel.

Dans son allocution, le président du CPT a réaffirmé l’engagement des autorités de transition à créer les conditions nécessaires à l’organisation d’élections « libres, inclusives et crédibles », rappelant que le mandat confié au Conseil repose sur le rétablissement progressif de la sécurité, la stabilisation institutionnelle et le respect des principes démocratiques.

Mais sur le terrain, la réalité demeure autrement plus complexe. À Port-au-Prince comme dans plusieurs villes de province, l’insécurité continue de paralyser l’activité économique, d’entraver la libre circulation des citoyens et de fragiliser un tissu social déjà profondément éprouvé. Les gangs armés contrôlent encore de larges portions du territoire, tandis que l’inflation, le chômage et la précarité alimentaire accentuent le malaise social. Dans ce contexte, les appels répétés à la stabilité et à la restauration de l’autorité de l’État résonnent autant comme des engagements que comme des défis encore largement non résolus.

De son côté, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a adressé ses vœux aux partenaires diplomatiques et institutionnels, réitérant la volonté du gouvernement de renforcer la sécurité des personnes et des biens, condition indispensable, selon lui, à la tenue d’élections crédibles et au retour à la légitimité constitutionnelle. Il a également salué l’appui de la communauté internationale, tout en insistant sur la nécessité de préserver la souveraineté nationale dans le cadre de la coopération bilatérale et multilatérale.

Un équilibre délicat, alors que l’État haïtien demeure fortement dépendant de l’aide extérieure, notamment sur les plans sécuritaire, humanitaire et budgétaire, et que la population attend des résultats concrets, bien au-delà des déclarations d’intention.

Présentée comme un moment de dialogue institutionnel et diplomatique, cette cérémonie de vœux intervient à un moment charnière pour la transition. Si les autorités affichent une détermination renouvelée à conduire le pays vers la stabilité, de nombreuses questions demeurent : le calendrier électoral sera-t-il réaliste au regard de la situation sécuritaire ? Les institutions disposeront-elles des moyens nécessaires pour remplir leur mission ? Et surtout, comment rétablir la confiance d’une population éprouvée par des années de promesses non tenues ?

À l’orée d’une nouvelle année, Haïti se trouve une fois de plus face à ses contradictions : entre le respect des symboles, des traditions et l’urgence d’actions tangibles, entre la parole officielle et les attentes pressantes d’un peuple en quête de sécurité, de dignité et d’avenir.
Vant Bef Info (VBI)


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