À Delmas, la vie nocturne disparaît lentement dans la nuit noire
À Delmas, comme dans une grande partie de la région métropolitaine de Port-au-Prince, la vie quotidienne se concentre désormais entre 6 h du matin et 5 h de l’après-midi . En Haïti, en 2025, l’insécurité dicte le rythme. Le pays est plongé dans une spirale de violences dont il peine à s’extraire.

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, un président démocratiquement élu a été assassiné dans sa chambre. Un événement à peine croyable, mais tristement révélateur de l’effondrement progressif des institutions. Quelques mois auparavant, en mars, la plus grande prison de la capitale avait été vidée de ses occupants, laissant la ville encore plus vulnérable et d’autres zones périphériques.

Delmas,le 28 novembre 2025–
En novembre 2024. À Solino, les gangs assiègent le quartier. La police, dépassée, brille par son absence. D’autres zones du bas-Delmas ont rapidement suivi le même chemin, prises au piège d’une violence omniprésente.
La situation devient plus compliquée qu’elle ne l’était il y a cinq ans. Il faut désormais survivre.
Pour évacuer le stress du quotidien, quelques bars et petits restaurants tentent tant bien que mal de maintenir leurs activités. Mais sans courant électrique seuls les panneaux solaires permettent parfois de tenir , la tâche est ardue. Les clients se font rares, surtout dans les zones où leur sécurité ne peut être garantie. Les stocks de boissons s’accumulent sur les étagères.
Les jours fériés, quelques amateurs d’ambiance risquent encore une sortie, mais jamais longtemps, jamais tard dans la nuit.
Dans un bar-restaurant de Delmas, nous avons rencontré le samedi 22 novembre 2025, deux hommes âgés de 60 à 65 ans. Assis calmement, sirotant une boisson, ils confient leur tristesse de voir Haïti sombrer dans un « trou abyssal » et, pire encore, d’être incapables d’apercevoir la moindre lueur d’espoir.
Autrefois, se souvient Madame Lysisus, restauratrice, « on fermait au petit matin, et les clients se donnaient à cœur joie ». Installée depuis 2023 à la rue Monseigneur Guilloux, elle a dû délocaliser son commerce pour échapper à la pression des gangs. « Aujourd’hui, tout est différent. On ne peut plus travailler comme avant. »
Dans ce contexte de grand banditisme, nul ne semble en mesure d’inverser la tendance. La police est dépassée. Les autorités, elles, multiplient les déclarations sans jamais s’attaquer véritablement aux défis du moment.
Pourtant, la vie nocturne représentait un secteur porteur, créateur d’emplois et d’occasions économiques. Aujourd’hui, l’insécurité pénalise une population travailleuse, débrouillarde et pleine d’imagination, forcée de se replier dans l’ombre par peur de la nuit.
Uguenson Auguste
Vant Bèf info (VBI)
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