Haïti : après 21 mois, le CPT fragilisé par l’insécurité et les tensions internes

Vingt-et-un mois après son installation, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) fait face à une impasse politique et sécuritaire, alors qu’un possible remaniement visant le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ravive les tensions au sommet de l’État.

Port-au-Prince, le 25 novembre 2025.- nosituation du pays demeure critique. Malgré des ajustements internes, dont le remplacement du Directeur général de la Police Nationale d’Haïti, l’insécurité s’est accrue dans la région métropolitaine et dans l’Artibonite. Des groupes armés contrôlent des axes routiers, des zones commerciales et des infrastructures stratégiques, perturbant la circulation et les activités économiques. Le budget dit « de guerre » adopté auparavant n’a pas permis d’inverser la tendance.

Dans ce contexte, des membres du CPT souhaitent la révocation du Premier ministre Fils-Aimé, une initiative qui divise l’instance. Cette démarche intervient alors que plusieurs conseillers sont eux-mêmes cités dans des dossiers de corruption ouverts par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC). Le débat relance les interrogations sur les priorités réelles du conseil.

Le président de facto du CPT, Laurent Saint-Cyr, multiplie les déplacements diplomatiques alors que des milliers de déplacés internes réclament un soutien urgent. Cette absence de communication publique sur la gestion de la crise est régulièrement critiquée par des organisations communautaires et des acteurs politiques.

Parallèlement, le CPT maintient son objectif d’organiser des élections. Toutefois, des pans entiers du territoire demeurent sous contrôle de groupes armés, des communautés sont déplacées et plusieurs infrastructures électorales sont inopérantes. « On veut organiser des élections alors que les gens ne peuvent pas se déplacer entre deux communes. Comment allons-nous voter ? », interroge Marie Joceline, responsable d’une organisation de femmes dans la Grand’Anse.

Le débat autour d’un éventuel changement de Premier ministre repose une question centrale : un nouveau chef de gouvernement disposerait-il du temps et des conditions nécessaires pour infléchir la crise avant la fin du mandat du CPT ? Pour une partie de la société civile, cette option ressemble davantage à une manœuvre politique qu’à une solution opérationnelle.

Alors que les services publics sont quasi inexistants et que l’insécurité reste élevée, les dissensions internes fragilisent davantage un pouvoir déjà contesté. La transition demeure ainsi confrontée à ses limites, entre blocages institutionnels et pression croissante de la population.

Judelor Louis Charles
VANT BÈF INFO (VBI)


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