Pourquoi les dirigeants haïtiens tremblent-ils à la seule menace de révocation de visa ?

Par Wandy CHARLES

La révocation du visa américain de Fritz Alphonse Jean, accusé d’être de connivence avec des groupes armés, ravive une question lancinante : pourquoi cette mesure, devenue presque routinière dans la diplomatie punitive américaine envers Haïti, produit-elle un tel séisme parmi les élites politiques ? Il ne s’agit pas ici d’examiner le fond des accusations. L’enjeu est ailleurs. Il tient à cette réalité brutale : la pression extérieure fonctionne parce que les dirigeants haïtiens ont eux-mêmes façonné les conditions qui la rendent efficace, voire dévastatrice.

Depuis des années, Washington utilise la révocation de visa comme l’arme ultime, un instrument de dissuasion dont la simple menace suffit à faire vaciller les plus téméraires. À cela s’ajoutent les sanctions financières, les gels des avoirs, les restrictions imposées aux proches, y compris aux conjoints et aux enfants. C’est ce que les diplomates appellent une prise. Ce que nous devrions appeler, nous, une reddition anticipée.

Car il suffit que la menace plane pour que les responsables politiques se dérobent, se terrent ou capitulent. Pourquoi ? Parce qu’aucun d’entre eux n’imagine, ne tolère, ne conçoit même l’idée de voir sa famille confinée dans un pays qu’ils ont eux-mêmes laissé sombrer : cette boue, cette suffocation, cette dégradation qu’ils ont contribué à produire à force d’aveuglement, de cynisme ou d’indifférence.

S’ils avaient bâti leur pays, s’ils l’avaient tenu pour priorité, s’ils avaient consenti les sacrifices nécessaires pour construire une nation digne, juste et prospère, aucune menace étrangère ne pèserait sur eux aujourd’hui. Ils ne craindraient pas de rester ici, de vivre ici, de rêver ici. Le passeport national serait un ancrage, non un fardeau. Leur terre ne serait pas ce purgatoire dont ils cherchent par tous les moyens à s’extraire.

La vérité est nue : la révocation de visa fait trembler parce que le pays est devenu inhabitable pour ceux qui l’ont dirigé. Si Haïti n’était pas considéré, selon le mot brutal d’un président américain, comme un “shithole”, cette mesure ne serait qu’un irritant diplomatique, un désagrément mineur, un contentieux technique. Mais elle agit comme une punition capitale parce que nos dirigeants ont perdu toute attache avec la nation qu’ils devaient servir.

Le piège n’est donc pas tendu par l’étranger. Il est intérieur. Ils y sont tombés parce qu’ils l’ont creusé eux-mêmes. Aujourd’hui, ce ne sont plus les États-Unis qui humilient Haïti. Ce sont nos dirigeants qui, depuis des décennies, ont abdiqué leur responsabilité fondamentale : faire de ce pays un lieu où il fait encore sens de vivre, d’espérer, de rester.

Vant Bef Info (VBI)


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