Haïti – Violence : Solino, un an après la fuite massive, l’énigme du retour

 Les échos des détonations résonnent encore. Il y a un an, le quartier de Solino s’est transformé en champ de bataille. La police, affaiblie par le manque de moyens et de volonté, s’était retirée. Ce jour-là, quelques brigadiers et policiers natifs de la zone ont tenté de repousser les assauts des gangs de la coalition Viv Ansanm. « Solino ne cédera pas », avait lancé Jeff, policier de première ligne, avant que les poches de résistance ne soient brisées et que le quartier ne tombe sous le siège des criminels.

Port au Prince, le 13 novembre 2025

 14 novembre 2024 : l’exode

Port-au-Prince s’en souvient comme d’une plaie ouverte. Des centaines de familles de Solino, Delmas 30, Nazon et Christ-Roi ont fui dans la panique. Sur la route de Nazon, on voyait des pères portant leurs enfants, des mères serrant des sacs dérisoires, des vieillards épuisés, des jeunes hagards. Tous couraient pour sauver leur vie, laissant derrière eux maisons, souvenirs, et parfois des proches.

 14 novembre 2025 , un an après

Aujourd’hui, certains déplacés osent revenir sur les ruines. Dans un décor apocalyptique, ils tiennent une conférence de presse. Leur message est simple, bouleversant : ils veulent rentrer chez eux. « Dans les camps, rien ne va : insalubrité, promiscuité, faim extrême. On veut vivre », lance Gariado Delgrace, jeune de Solino.

Une femme trentenaire ajoute : « Nous exigeons de l’État des mesures sociales et sécuritaires. Nous voulons un retour digne et sûr. »

 Silence et cynisme

Pendant que les victimes réclament justice et sécurité, les gangs continuent de narguer sur les réseaux sociaux, insultant ceux qu’ils ont chassés. La police et la justice restent muettes. Les autorités, elles, tournent leur regard vers les élections. Et la vie continue, comme si la douleur de Solino n’existait pas.

 Mémoire et dignité

Un an après, Solino n’est pas seulement un quartier détruit : c’est un symbole de résistance et de dignité. Les habitants, malgré la peur et la misère, refusent d’être effacés. Leur retour est une énigme, mais aussi un cri : celui d’un peuple qui veut vivre, chez lui, en paix.

Uguenson Auguste
Vant Bef Info (VBI)


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