Massacre de La Saline : sept ans après, la justice haïtienne garde le silence

Sept ans après le massacre de La Saline, perpétré dans la nuit du 13 au 14 novembre 2018, aucune décision judiciaire n’a encore été rendue. Ce drame, survenu dans l’un des quartiers les plus pauvres de la capitale, reste un symbole de l’impunité persistante en Haïti.

Port-au-Prince, 13 novembre 2025 —

Un drame documenté par l’ONU

Un rapport conjoint de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJUSTH) et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) avait recensé au moins 26 exécutions et plusieurs viols collectifs.

Selon ce document, des groupes armés rivaux s’étaient affrontés pour le contrôle du quartier, ciblant également des résidents accusés d’appartenir à des bandes opposées. La Police nationale d’Haïti (PNH), bien qu’alertée, n’était pas intervenue, permettant aux agresseurs de mutiler et de brûler les corps de plusieurs victimes.

Le rapport, fondé sur des témoignages et des entretiens avec des victimes, leurs proches et des représentants d’institutions publiques, soulignait aussi les soupçons d’implication d’agents de l’État et de membres de la PNH. Le texte avait été communiqué au gouvernement haïtien avant sa publication.

Des chiffres plus lourds selon le RNDDH

De son côté, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) avait avancé un bilan plus lourd : 59 morts, deux disparus, cinq blessés par balles et sept femmes victimes de viols.

Des responsabilités encore floues

Aucune version officielle des faits n’a été retenue à ce jour. Plusieurs organisations de la société civile estiment toutefois que cette attaque aurait eu une dimension politique. Elles avancent qu’elle aurait visé à affaiblir les mobilisations populaires contre le gouvernement de l’époque, dirigé par le président Jovenel Moïse, assassiné en juillet 2021.

Deux hauts responsables avaient été cités dans l’enquête : Pierre Richard Duplan, alors délégué départemental de l’Ouest, et Fednel Monchery, ancien directeur général du ministère de l’Intérieur. Tous deux avaient été inculpés par la justice et sanctionnés par des gouvernements étrangers, mais demeurent libres à ce jour.

Un dossier enlisé

En juillet 2024, une ordonnance rendue par le juge d’instruction Jean Wilner Morin, aujourd’hui protecteur du citoyen à l’Office de la protection du citoyen (OPC), avait ravivé l’espoir des familles des victimes. Plus d’un an plus tard, aucune suite judiciaire concrète n’a été donnée.

L’affaire de La Saline illustre le retard chronique de la justice haïtienne à traiter des crimes majeurs. Parmi d’autres dossiers en attente figurent les assassinats du journaliste Jean L. Dominique (2000) et de l’ex-président Jovenel Moïse (2021).

Le nom de Jimmy Chérizier, alias “Barbecue”, aujourd’hui chef de la coalition armée Viv Ansanm, avait également été cité parmi les principaux acteurs présumés de La Saline. Sept ans après, aucune condamnation n’a été prononcée.

Moïse François
Vant Bèf Info


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