Haïti : une crise carcérale mortelle passée sous silence
Plus d’une cinquantaine de détenus sont morts entre juillet et septembre 2025 dans les prisons haïtiennes, selon un rapport du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) rendu public mardi 11 novembre. L’organisme onusien dénonce des conditions de détention « inhumaines et dégradantes », marquées par l’absence de soins médicaux, la malnutrition, le manque d’eau potable et une surpopulation extrême.

Port-au-Prince, 12 novembre 2025.
Des chiffres alarmants
Selon un précédent rapport de l’ONU, daté du 13 octobre 2022, les établissements pénitentiaires haïtiens accueillaient 11 788 détenus, dont près de 84 % en détention préventive, pour une capacité officielle largement dépassée. Le taux d’occupation atteignait alors près de 300 %, certaines prisons offrant à peine 0,33 m² par détenu, bien en deçà de la norme internationale de 3,4 m².
D’autres sources internationales évoquent des taux de surpopulation dépassant les 400 %.
Des conditions qui continuent de se dégrader
Le nouveau rapport du BINUH constate que la situation s’est encore détériorée. Les prisons souffrent d’un manque de budget, d’une pénurie chronique de nourriture et de fournitures médicales limitées. Les transferts de détenus vers les hôpitaux sont souvent retardés, aggravant les risques de décès.
Dans certaines prisons, notamment à Cabaret et à Jérémie, aucune eau, nourriture ni gaz de cuisson n’étaient disponibles depuis le 22 septembre 2022, précise le document. Les principales causes officielles de décès recensées sont l’arrêt cardio-pulmonaire, la tuberculose et l’anémie liée à la malnutrition.
La crise sécuritaire qui secoue Haïti depuis septembre 2022 marquée par les violences de gangs et les blocages de routes a encore limité l’accès aux établissements pénitentiaires et entravé l’acheminement des soins.
Une double crise structurelle et humanitaire
Pour le BINUH, cette situation révèle une double faillite : celle d’un système carcéral à bout de souffle et celle d’un État incapable d’assurer les droits fondamentaux des personnes privées de liberté. La surpopulation, l’insalubrité et l’absence de soins transforment ainsi la détention en condamnation à mort lente.
Appel urgent à l’action
L’ONU exhorte les autorités haïtiennes à agir sans délai pour garantir le droit à la vie et à la dignité de tous les détenus. Mais dans un contexte de crise politique, d’insécurité généralisée et d’effondrement institutionnel, la réforme pénitentiaire reste reléguée au second plan.
« Chaque décès en détention révèle l’échec d’un système qui, au lieu de corriger, détruit lentement les vies les plus vulnérables », conclut le rapport.
Christina Juliana Vilmé
Vant Bèf Info (VBI)
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