Haiti -Justice : les tribunaux de paix haïtiens au bord de la rupture
L’Organisation des citoyens pour une nouvelle Haïti (OCNH) a rencontré ce mercredi le magistrat Érode Bazile, représentant des tribunaux de paix au sein du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). Au cœur des échanges : le diagnostic alarmant d’une justice de proximité en crise, minée par le manque de juges, la précarité des infrastructures et l’insuffisance de moyens matériels. Une rencontre jugée cruciale, tant la situation des tribunaux de paix menace l’accès à la justice pour des milliers de citoyens.

Port-au-Prince, 5 novembre 2025 —
Un système à bout de souffle
Selon Érode Bazile, les tribunaux de paix traversent une période critique. “Le déficit de magistrats et les conditions de travail déplorables constituent aujourd’hui les principaux freins à un service judiciaire efficace”, a-t-il déclaré.
Les chiffres du CSPJ confirment cette réalité : sur 112 dossiers de magistrats examinés entre le 24 et le 25 septembre 2025, 73 ont été certifiés, 12 refusés pour manque d’intégrité ou incompétence, tandis que 27 restent en attente d’enquête. Si ce processus vise à garantir la qualité de la magistrature, il ne résout pas la pénurie de personnel ni la détresse matérielle des tribunaux.
Des tribunaux sans moyens
Un rapport du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) dresse un tableau tout aussi inquiétant : 93 % des tribunaux de paix ne disposent d’aucun véhicule de service. Une situation qui entrave lourdement les déplacements des juges, notamment dans les zones rurales.
Les carences logistiques s’étendent aux infrastructures. De nombreux tribunaux fonctionnent dans des locaux délabrés, souvent sans clôture, ni accès stable à l’électricité ou à l’eau potable. Certains ne disposent même pas de sanitaires. À cela s’ajoute un manque criant d’équipements informatiques et de mobilier adéquat.
Un enjeu pour l’État de droit
Pour l’OCNH, le renforcement des tribunaux de paix est une urgence nationale. “Sans une justice locale forte et accessible, c’est tout l’édifice judiciaire qui vacille”, a fait valoir l’organisation. Le CSPJ, conscient de l’ampleur du défi, dit vouloir agir, mais sans calendrier précis pour l’instant.
Des pistes de réforme
Plusieurs orientations ont été évoquées au cours de la réunion :
Recruter et former davantage de juges de paix. En décembre 2024, 59 juges de paix et 35 parquetiers ont été formés à l’École de la magistrature (EMA).
Doter chaque tribunal de moyens logistiques adéquats : véhicules, matériel informatique, infrastructures sécurisées et accès à l’énergie.
Moderniser la gouvernance judiciaire à travers la révision de la loi-cadre du CSPJ et la mise en place d’un tableau de bord de performance pour les juridictions locales.
Cette rencontre entre l’OCNH et le CSPJ pourrait marquer un tournant pour la justice de proximité. Mais au-delà des déclarations d’intention, le redressement nécessitera des ressources financières, une volonté politique ferme et une réelle concertation entre les acteurs concernés.
Faute d’actions concrètes, les tribunaux de paix , maillon essentiel de l’État de droit risquent de rester le parent pauvre d’un système judiciaire déjà fragilisé. Le sort de la justice haïtienne pourrait bien se jouer dans ces modestes salles d’audience : l’heure du choix est arrivée.
Espérancia Jeannot
Vant Bèf Info (VBI)
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