Insécurité et catastrophe naturelle : le double fardeau des malades chroniques en Haïti
Alors que l’attention médiatique reste centrée sur la violence des gangs, les déplacés internes et les dégâts provoqués par le cyclone Mélissa, un autre fléau silencieux gagne du terrain en Haïti : les maladies non transmissibles (MNT), telles que l’hypertension, le diabète et les maladies cardiovasculaires. Ces affections chroniques, souvent ignorées, constituent aujourd’hui la principale cause de décès dans le pays.

Les maladies chroniques, première cause de mortalité
Selon le profil sanitaire d’Haïti publié par l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) en 2019, les MNT représentent 72,6 % de tous les décès enregistrés dans le pays, contre 18,9 % pour les maladies transmissibles. La prévalence de l’hypertension artérielle atteignait alors 24,5 % chez les adultes.
Ces chiffres traduisent une évolution majeure de la situation sanitaire : longtemps centré sur la lutte contre les infections, le système de santé haïtien peine à s’adapter à la montée des maladies chroniques, qui nécessitent un suivi régulier et un accès constant aux médicaments.

L’insécurité, un facteur aggravant majeur
La dégradation de la situation sécuritaire a amplifié cette crise silencieuse. Dans plusieurs régions, les affrontements armés, les barrages érigés par les gangs et les difficultés de circulation rendent l’accès aux soins presque impossible.
Phara Louis, infirmière spécialisée en oncologie, illustre ce constat :
« Le cancer des yeux est rare, mais traitable avec un diagnostic précoce. Quand les routes sont bloquées ou que les hôpitaux ferment, les patients manquent leurs séances de chimiothérapie. Deux semaines de retard peuvent leur coûter la vie. »
Ce manque de suivi transforme des maladies gérables en condamnations. Le phénomène s’étend aussi aux personnes souffrant d’hypertension ou de diabète, contraintes d’interrompre leur traitement par manque de médicaments ou d’accès aux centres de santé.
Le cyclone Mélissa, un amplificateur de vulnérabilités
Le passage du cyclone Mélissa a accentué la fragilité du système sanitaire. Les inondations, les routes coupées et les déplacements forcés empêchent les malades chroniques de renouveler leurs ordonnances. Dans les zones touchées, la priorité des secours reste tournée vers les urgences infectieuses et les blessés, laissant les personnes atteintes de MNT dans l’attente.
L’OPS et le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) ont intensifié leurs interventions, mais la logistique médicale demeure un défi majeur.
Vers une réponse adaptée et durable
Face à cette double crise — la violence armée et la progression des maladies chroniques —, plusieurs experts appellent à une refonte du modèle sanitaire. La décentralisation des soins, le renforcement des cliniques communautaires et la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement en médicaments essentiels figurent parmi les priorités.
Sans une politique de santé capable de prendre en compte cette majorité silencieuse de patients chroniques, la crise haïtienne continuera de se jouer aussi loin des projecteurs, dans les hôpitaux fermés, les quartiers isolés et les maisons sans traitement.
Sarah-Lys Jules
Vant Bèf Info (VBI)
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