Les services de sapeurs-pompiers, une structure presque inexistante dans la commune de Pétion-Ville
En juin 2016, la mairie de Pétion-Ville avait annoncé la construction d’un centre d’urgence communal, un projet qui aurait permis de renforcer la sécurité de la ville en cas de sinistre. Ce centre devait abriter deux services essentiels : une caserne de sapeurs-pompiers et un centre ambulancier, offrant ainsi un espoir tangible aux habitants. Le maire de l’époque, M. Dominique Saint-Roc, s’était montré optimiste, saluant la création de cette infrastructure comme un pas important pour le développement de la commune.

Pétion-Ville, le 29 octobre 2025.
Cependant, près de dix ans plus tard, la commune de Pétion-Ville, forte de ses 194 ans d’histoire, ne dispose toujours pas d’un centre d’incendie opérationnel. Pendant ce temps, les autorités ont investi des milliards de gourdes dans d’autres projets. Bien que Pétion-Ville abrite de nombreuses institutions publiques et privées de renom, les incendies se multiplient sans qu’un dispositif de secours adéquat soit en place. Pire encore, les bouches d’incendie, censées alimenter les camions de pompiers en eau, sont souvent introuvables. Maxo Joachim, commandant du Corps des pompiers de la mairie, explique : « Il est difficile de retrouver les bouches d’incendie de la commune, car certaines sont obstruées par des immondices ou recouvertes par des installations commerciales ou des stations-service. »
Une réalité de plus en plus préoccupante
Cette situation n’est que la partie visible d’un dysfonctionnement plus large touchant les services d’incendie en Haïti, un secteur fragilisé par l’insécurité généralisée et le manque de supervision. Officiellement placés sous la tutelle de la Police nationale d’Haïti (PNH), les services d’incendie du pays opèrent dans des conditions extrêmement précaires. Leur fonctionnement dépend en grande partie de l’engagement des municipalités, ce qui renforce la disparité entre les différentes régions du pays. En particulier à Pétion-Ville, un secteur urbain en pleine expansion, les risques liés aux incendies et aux accidents de la route sont de plus en plus fréquents.
Maxo Joachim, qui dirige le corps des pompiers depuis huit ans, alerte : « Le dernier fourgon d’incendie opérationnel est tombé en panne il y a environ huit mois. » Selon lui, si un incendie devait éclater aujourd’hui dans la commune, le corps des pompiers ne serait tout simplement pas en mesure de répondre à l’urgence. Il ajoute que la mairie de Pétion-Ville ne possède que deux fourgons, et aucun d’eux n’est actuellement fonctionnel. « La caserne est mal équipée, ses infrastructures sont inachevées. Il n’y a même pas d’eau pour l’entretien personnel des pompiers, ni de nourriture fournie quotidiennement », déplore Joachim, qui dirige une équipe de 19 pompiers.
Des conditions de travail déplorables et un manque de soutien
Les pompiers, dont le rôle ne se limite pas à éteindre les incendies, interviennent également lors d’accidents de la route et de catastrophes naturelles. Leur travail est d’une importance capitale, souvent effectué en collaboration avec la PNH lors d’opérations risquées. Pourtant, ces hommes et ces femmes, qui mettent leur vie en danger au quotidien, sont confrontés à des conditions de travail précaires. Ils exercent leur métier sans couverture sociale et reçoivent un salaire de misère, comme l’indique Théodore, un pompier vivant exclusivement de sa profession.
Face à cette réalité alarmante, la municipalité de Pétion-Ville a un rôle crucial à jouer. Il est impératif que des mesures urgentes soient prises pour garantir un minimum de sécurité à la population, déjà durement touchée par la crise multisectorielle qui sévit dans le pays.
Wilda Dénestant
Vant Bèf Info (VBI)
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
