Politique : Souhaiter un nouveau Duvalier, erreur de mémoire ou cri de détresse ?

Près de quarante ans après la chute de la dictature des Duvalier, Haïti peine toujours à consolider une démocratie stable et fonctionnelle. L’instabilité politique, la corruption et la montée de l’insécurité alimentent aujourd’hui une forme de nostalgie chez certains citoyens, qui évoquent avec regret la période duvaliériste. Une question s’impose alors : s’agit-il d’une erreur de mémoire ou d’un cri de détresse face à la faillite du système actuel ?

Port-au-Prince, le 21 octobre 2025. — Dans les rues comme sur les réseaux sociaux, il n’est pas rare d’entendre des propos tels que : « Si Jean-Claude était là… » Pour beaucoup, cette époque symboliserait une stabilité politique et un respect international que le pays aurait perdus. En revanche, la période démocratique est souvent perçue comme une succession de dérives institutionnelles, où la corruption et la mauvaise gouvernance ont miné les espoirs de changement.

L’ombre du passé

Pourtant, derrière cette image idéalisée se cache une réalité bien plus sombre. Le régime duvaliériste, père et fils confondus, a été marqué par la répression, la peur et les violations massives des droits humains. Des centaines d’opposants ont été emprisonnés, torturés ou exécutés, notamment dans le tristement célèbre Fort-Dimanche, surnommé le « Fort de la mort ».
En 2011, Jean-Claude Duvalier, revenu d’exil, avait été inculpé pour détournement de fonds publics estimés entre 300 et 800 millions de dollars, selon Le Monde. La presse, muselée, subissait alors la censure, et les journalistes qui osaient critiquer le régime étaient arrêtés ou contraints à l’exil. Cette stabilité, obtenue par la peur, avait un prix : celui de la liberté.

Un besoin de justice et de repères

Face au chaos actuel, la tentation d’un retour à l’autoritarisme peut sembler rassurante à certains. Pourtant, comme le rappellent plusieurs observateurs, « on peut rêver d’une bonne démocratie, mais jamais d’une bonne dictature ».
La démocratie haïtienne reste fragile, rongée par la corruption et les divisions, mais elle demeure le seul cadre capable de garantir la liberté, la justice et la participation citoyenne.

Souhaiter un nouveau Duvalier, c’est surtout exprimer la fatigue d’un peuple confronté à l’insécurité et à la pauvreté. Cependant, la solution ne réside pas dans le retour d’un régime autoritaire, mais dans la reconstruction des institutions, le renforcement de l’État de droit et la restauration de la confiance entre gouvernants et gouvernés.

Sarah Germain
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.