Haïti : L’art, dernier refuge des déplacés

Sous une tonnelle en tôle, battue par le vent et la poussière, des rires d’enfants résonnent.
Ils sont déplacés, déracinés, mais debout. Leur joie dit une chose simple : la vie résiste.

Port-au-Prince, le 15 octobre 2024. Ils sont une centaine, réunis grâce au festival Kont Anba Tonèl, porté par Foudizè Théâtre, sous le thème « On n’empêche pas un peuple de rêver ». À travers les mots, les contes, les chants, ces enfants trouvent un espace où respirer, dans un pays en crise.

Dans les camps de fortune de Fontamara (Port-au-Prince) et de Belladère (Plateau Central), les ateliers du festival — soutenus par le Sant Kiltirèl Lawouze (SKL) — transforment la douleur en expression. Les enfants racontent, chantent, dessinent. Non pour fuir la réalité, mais pour l’apprivoiser.

« L’art ne nourrit pas toujours le corps, mais il sauve l’âme », confie Chelson Ermoza, directeur artistique de Foudizè. Fatigué, mais habité par la conviction que rêver est devenu une urgence.

Depuis 16 ans, Foudizè Théâtre fait vivre la parole haïtienne, même dans les zones les plus fragilisées. Cette année encore, Kont Anba Tonèl ne se contente pas de célébrer l’art : il l’utilise comme outil de reconstruction collective.

Ateliers de contes, d’écriture, chants traditionnels, dessins : chaque activité ravive la mémoire d’un peuple et ouvre une brèche vers demain.

« Ici, je ne pense plus à la peur. Quand je chante, mon cœur se souvient qu’il est encore vivant », témoigne un adolescent de Fontamara.

Le projet touche directement 150 bénéficiaires : femmes, enfants, jeunes filles — soutenus par enseignants, artistes, comités de quartier et associations locales. Avec l’appui de la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), le festival défend une culture inclusive, où aucune voix n’est exclue.

Depuis 2001, Foudizè Théâtre œuvre pour une culture accessible à tous. Avec ses programmes Théâtre et Éducation et Kont Anba Tonèl, la troupe a porté la parole haïtienne jusqu’en Martinique, en Guadeloupe et en France, sans jamais trahir ses racines populaires.

Du 15 septembre au 1ᵉʳ novembre 2025, le festival traverse plusieurs communes, avec une clôture à Port-au-Prince et au Plateau Central, lors d’une grande restitution publique. Les enfants y monteront sur scène pour dire leurs histoires, chanter leur pays, et rappeler que, malgré tout, la parole vit encore en Haïti.

Alfailly Junior PIERRE
Vant Bef Info


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