Haïti face à la fumée des déchets : entre lacunes légales, risques sanitaires et urgence environnementale
Port-au-Prince, 14 octobre 2025 — Dans plusieurs communes haïtiennes, la combustion à ciel ouvert des déchets reste une pratique courante, malgré ses impacts avérés sur la santé publique, l’environnement et le respect du droit. Alors que la législation nationale interdit formellement ces pratiques, l’absence de contrôle et de structures de gestion des déchets contraint une partie de la population à s’en accommoder.

Pollution atmosphérique et risques sanitaires
La combustion de détritus libère des particules fines, des composés organiques volatils et des dioxines. Ces substances polluantes, selon plusieurs études, peuvent provoquer ou aggraver des maladies respiratoires telles que l’asthme, la bronchite chronique ou les maladies cardiovasculaires.
Les cendres contaminées affectent également les sols et les nappes phréatiques, tandis que les déchets non brûlés attirent rongeurs et moustiques, augmentant le risque de maladies infectieuses comme la dengue, la leptospirose ou le paludisme.
Des violations du droit environnemental et des droits humains
L’article 253 de la Constitution haïtienne stipule que « l’environnement étant le cadre naturel de vie de la population, les pratiques susceptibles de perturber l’équilibre écologique sont formellement interdites. » Le décret du 12 octobre 2005 sur la gestion de l’environnement renforce ce cadre, en prévoyant des mécanismes de régulation et de sanction.
Cependant, l’application de ces textes demeure limitée. Des arrêtés comme ceux de 2013-2014 sur les plastiques à usage unique restent largement inappliqués, selon des spécialistes du droit environnemental.
Les conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique soulèvent également des préoccupations en matière de droits humains : droit à la santé, à un environnement sain, à la dignité. Les populations les plus exposées, souvent les plus pauvres, supportent les effets les plus graves, accentuant les inégalités sociales.
Des obstacles structurels persistants
Plusieurs communes ne disposent ni de service régulier de collecte, ni de décharge contrôlée. Le recours à des solutions individuelles — comme le brûlage — découle d’un manque d’alternatives viables.
Le cadre réglementaire existe, mais souffre d’une faible mise en œuvre, liée à des ressources limitées, un manque de coordination institutionnelle et un déficit de volonté politique. Les sanctions prévues sont rarement appliquées, rendant les infractions quasi impunies.
Des pistes pour un changement durable
Des spécialistes de la santé publique et du droit environnemental identifient plusieurs leviers d’action :
Renforcer l’application des textes existants, notamment via des sanctions effectives contre les brûlages illégaux.
Développer des infrastructures de gestion intégrée des déchets : collecte, tri, enfouissement, recyclage, ou compostage.
Promouvoir l’éducation environnementale, via des campagnes de sensibilisation auprès des communautés.
Impliquer les citoyens dans les décisions locales, en respectant leur droit à l’information, comme prévu dans la législation environnementale.
Mobiliser des partenariats publics, privés et internationaux, afin d’investir dans des solutions durables.
Un choix de société
L’exposition prolongée à des fumées toxiques compromet le droit à la santé et à un environnement salubre. Pour de nombreux observateurs, la situation actuelle traduit un écart entre les engagements juridiques de l’État et la réalité vécue par les citoyens.
Sans action structurelle, les effets sur la santé publique et l’environnement pourraient s’aggraver. Des réponses urgentes, coordonnées et soutenues sont attendues pour éviter que le brûlage des déchets ne devienne une norme tolérée, malgré ses conséquences.
Espérancia JEANNOT
Vant Bèf Info (VBI)
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