Haïti : un système de santé en état d’effondrement
Entre hôpitaux fermés, violence urbaine et crise économique, l’accès aux soins devient un luxe pour des millions d’Haïtiens. Les structures sanitaires sont dépassées, les professionnels de santé en détresse, et les patients livrés à eux-mêmes.

Port-au-Prince, octobre 2025 – En Haïti, se soigner relève désormais de l’exploit. Alors que la violence des gangs paralyse la capitale et ses environs, les structures de santé ferment les unes après les autres, laissant des milliers de personnes sans accès aux soins les plus élémentaires.
L’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), principal centre hospitalier public du pays, a vu ses activités réduites à néant à cause de l’insécurité dans le centre-ville. Cette fermeture a plongé la population, déjà frappée par une précarité généralisée, dans une situation sanitaire critique. Selon les chiffres récents, 60 à 80 % des structures de santé à Port-au-Prince sont aujourd’hui fermées ou inopérantes, tandis que près de deux Haïtiens sur cinq nécessitent des soins médicaux urgents.
Selon l’UNICEF, six hôpitaux sur dix ne sont plus fonctionnels dans la capitale. Dans un rapport publié en 2024, Bruno Maes, représentant de l’organisation en Haïti, tirait la sonnette d’alarme :
« Le système de santé haïtien est au bord de l’effondrement. La conjugaison de la violence, des déplacements massifs, des épidémies et de la malnutrition a mis à genoux les structures sanitaires. Mais c’est probablement le blocage des chaînes d’approvisionnement qui risque de les briser définitivement. »
Un hôpital pour toute une capitale
Dans ce contexte chaotique, l’Hôpital de l’Université de la Paix (HUP) est devenu l’un des rares établissements encore capables d’absorber l’afflux massif de patients. Un plan d’urgence a été mis en œuvre pour répondre à l’augmentation des admissions, et une nouvelle aile d’urgence a été inaugurée dans l’urgence.
« La clinique externe reçoit jusqu’à 375 patients par jour et les urgences environ 80, soit une hausse de fréquentation de 60 à 100 % », explique le Dr Fontilus, responsable au sein de l’hôpital.
Les ONG en première ligne
Face à la défaillance des structures publiques, Médecins Sans Frontières (MSF) tente de combler les lacunes. Rien qu’au début de l’année 2025, ses équipes ont :
pris en charge 2 600 survivants de violences sexuelles
admis 13 300 patients aux urgences
soigné 2 300 victimes de violences armées
Des chiffres glaçants, révélateurs d’un contexte où la violence devient systémique. Et les plus vulnérables sont touchés en premier lieu : 26 % des victimes sont des enfants, souvent âgés de moins de 15 ans. Parmi eux, un tiers sont des filles, et 30 % souffrent de blessures par balles.
Des réformes nécessaires mais incertaines
Du 8 au 10 juillet 2025, le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) a organisé un atelier national pour réviser et valider le plan stratégique 2025-2029, avec l’appui de l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS/OMS). Ce plan vise à renforcer la prévention et le traitement des maladies non transmissibles, responsables de 65 % des décès dans le pays.
« Ce plan doit contribuer à sauver des vies, réduire les souffrances et bâtir un système de santé plus résilient », a déclaré le Dr Symplice Mbola Mbassi, représentant adjoint de l’OPS/OMS en Haïti.
Les limites du secteur privé
Mais le secteur privé n’offre pas non plus de solution viable. La qualité des soins y est parfois équivalente à celle des hôpitaux publics, et les prix pratiqués, notamment sur les médicaments, sont hors de portée pour la majorité de la population. Cette situation pousse de nombreux médecins, dont les salaires varient entre 30 000 et 40 000 gourdes, à ouvrir des cliniques privées parallèles ou à collaborer avec des ONG pour assurer une prise en charge plus adaptée.
Conclusion : Le système de santé haïtien ne tient plus que par des initiatives isolées et la mobilisation des ONG. Mais sans sécurité, ni financement pérenne, ni réforme structurelle, l’accès aux soins risque de rester, pour longtemps encore, un privilège inaccessible pour la majorité des Haïtiens.
Wilda DÉNESTANT
Discover more from Vant Bèf Info (VBI)
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
