Port-au-Prince : capitale en détresse , entre chaos, abandon et survie

Port-au-Prince, jadis cœur battant d’Haïti, est aujourd’hui une ville assiégée. Fondée le 13 juin 1749 par les Français dans la plaine du Cul-de-Sac, au pied de la montagne de la Selle, elle fut tour à tour capitale de la colonie de Saint-Domingue, puis de la République d’Haïti dès 1804. Centre politique, intellectuel et économique du pays, elle est désormais contrôlée à plus de 85 % par des groupes armés.

Port au Prince 4 octobre 2025

Une croissance urbaine incontrôlée

L’exode rural, amorcé au début du XXe siècle, a transformé Port-au-Prince en un goulot d’étranglement. De 9 400 habitants en 1789, la population est passée à plus de 3 millions aujourd’hui, entassés sur à peine 36 km². Les migrants ont investi les maisons coloniales, donnant naissance à des faubourgs comme Carrefour, Martissant, Delmas, Canapé-Vert ou Cité-Simone devenue Cité-Soleil, le plus grand bidonville du pays. Faute de planification, ces quartiers se sont mués en zones insalubres, où vit plus de la moitié de la population métropolitaine.

 Effondrement politique et montée des violences

Depuis la chute du régime Duvalier en 1986, les espoirs démocratiques se sont heurtés à une instabilité chronique. L’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 a plongé le pays dans un vide institutionnel. Le Conseil présidentiel de transition, en place depuis 2024, peine à tenir ses engagements. Résultat : la délinquance explose, les gangs s’imposent, et l’État recule.

Une ville sous emprise

Selon l’ONU, près de 16 000 personnes ont été tuées dans des attaques armées depuis 2022. Les gangs, souvent composés d’enfants enrôlés de force, règnent sur la capitale. L’éducation s’effondre : de nombreuses écoles ont fermé, creusant davantage les inégalités. Pétionville, autrefois bourgeoise, est défigurée par des constructions anarchiques. Croix-des-Bouquets, jadis verdoyante, est devenue un faubourg insécurisé. Carrefour, désormais commune, n’est accessible qu’avec l’aval des chefs de gangs, isolant la presqu’île Sud.

Une capitale morcelée

Port-au-Prince est devenue un archipel de quartiers aux mains de chefs de guerre. Le fracas des armes a remplacé l’autorité de l’État. On compte 1,3 million de déplacés internes, dont la moitié sont des enfants. Plus de 4 000 homicides volontaires ont été recensés, dont 376 femmes et 89 mineurs. La faim rôde : Haïti figure désormais parmi les cinq pays les plus exposés au risque de famine.

 Mémoire d’une ville oubliée

Le Champ-de-Mars, la cathédrale Sainte-Trinité, le Musée du Panthéon national haïtien, la tour 2004, l’arc du triomphe Fort-Jacques… Autant de lieux emblématiques qui ont perdu leur éclat. Aujourd’hui, il n’est plus prudent de flâner dans les rues. Dès 7 heures du soir, chacun se hâte de rentrer. La vie a quitté la ville, les regards aussi. Les habitants sortent sans certitude de revenir. Le séisme de 2010, qui aurait pu être un tournant, n’a pas permis de rebâtir. La cruauté, elle, s’est installée durablement, qui pis est,la lumière au bout du tunnel reste encore hors de portée.

Wilda Dénestant
Vant Bef info (VBI)


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