88 ans après le massacre du Persil, Haïti se souvient

 En Haïti, le mois d’octobre est synonyme de mémoire et de douleur. Il y a 88 ans, en octobre 1937, des milliers de ressortissants haïtiens vivant en République dominicaine ont été massacrés sur ordre du dictateur Rafael Leónidas Trujillo. Ce crime de masse, connu sous le nom de « massacre du Persil », a coûté la vie à près de 20 000 à 30 000 personnes.

Port-au-Prince, 2 octobre 2025 —

Le nom du massacre provient d’un mot espagnol, perejil (persil), utilisé par les soldats dominicains pour identifier les Haïtiens. Ceux qui ne parvenaient pas à le prononcer correctement étaient exécutés. Femmes, hommes et enfants ont été tués à coups de machette, de bâton ou noyés dans le fleuve Massacre, dans une tentative de dissimuler l’implication directe de l’armée.

Face à la pression internationale, le gouvernement dominicain accepta en 1938 de verser une indemnité de 750 000 dollars à Haïti. Seuls 500 000 dollars furent effectivement payés, et la majorité des familles des victimes n’ont jamais été identifiées ni indemnisées.

Aujourd’hui encore, des cérémonies commémoratives sont organisées chaque année à Ouanaminthe et à Dajabón, de part et d’autre de la frontière. Mais la reconnaissance officielle du massacre reste incomplète. En République dominicaine, cet épisode tragique demeure largement absent des manuels scolaires et du débat public.

Alors que les tensions frontalières persistent, notamment autour du canal sur la rivière Massacre et des questions migratoires, le souvenir de 1937 résonne comme un appel à la justice et à la réconciliation. « L’oubli, c’est l’autre face du massacre », rappelait un historien haïtien lors d’un colloque à Port-au-Prince en 2022.

Josué François
Vant bef info (VBI)


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