Haïti: Une intervention étrangère applaudie par un gouvernement qui fuit ses responsabilités

Ce mardi, le Conseil de sécurité de l’ONU a donné son feu vert à la transformation de la Mission multinationale de soutien à la police (MMAS) en une force armée élargie chargée de lutter contre les gangs qui contrôlent une grande partie du territoire haïtien. Le gouvernement haïtien a aussitôt salué cette décision, qualifiée d’« historique ». Mais derrière les applaudissements, aucune remise en cause de ses propres défaillances récurrentes en matière de sécurité.

Port-au-Prince, 30 septembre 2025 — Alors que Port‑au‑Prince suffoque sous la violence des groupes armés et que l’État peine à maintenir l’ordre, le gouvernement préfère se tourner vers la communauté internationale plutôt que de présenter un plan souverain. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présenté l’arrivée d’environ 5 500 policiers et militaires étrangers comme un « tournant stratégique », sans répondre aux questions sur ses propres responsabilités dans l’effondrement de la sécurité.

Le communiqué officiel regorge d’éloges envers les partenaires internationaux — États-Unis, Kenya, Panama, CARICOM, OEA — et célèbre même l’abstention de la Chine et de la Russie comme un succès diplomatique. Une posture qui illustre une réalité : un pouvoir plus préoccupé de soigner ses relations internationales que d’affronter ses lacunes internes.

Derrière ces remerciements, l’ADAS souligne l’aveuglement politique. L’exécutif applaudit l’arrivée de troupes étrangères plutôt que de s’attaquer aux racines du chaos : corruption, institutions judiciaires dysfonctionnelles, police affaiblie et climat d’impunité généralisée.

Certes, dans un contexte où les forces de sécurité haïtiennes sont débordées, infiltrées ou démoralisées, l’aide internationale peut apparaître comme nécessaire. Mais cette intervention sonne surtout comme un aveu d’échec. Un aveu qu’un gouvernement incapable de remplir l’une de ses missions les plus fondamentales — protéger ses citoyens — préfère maquiller en victoire diplomatique.

Pendant ce temps, la population haïtienne continue de vivre dans la peur et la précarité. Et ses dirigeants, eux, se congratulent… de n’avoir pas su faire mieux.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.