Restitution et Réparation : Haïti osera-t-elle relever la tête devant l’Histoire ?

Par Wandy CHARLES

Haïti vient de franchir une étape décisive avec l’installation du Comité National Haïtien de Restitution et de Réparation (CNHRR). En remettant, le 8 septembre dernier, les habilitations officielles aux vingt et un membre de cette commission, le gouvernement haïtien se veut : il faut absolument faire entendre la voix d’un peuple qui réclame justice après deux siècles d’injustices accumulées.


Le CNHRR ne sera pas un simple organe consultatif. Son mandat est vaste : produire une documentation scientifique et juridique irréfutable sur la rançon imposée à Haïti en 1825, évaluer ses impacts multidimensionnels sur le développement économique, social et culturel, puis formuler une stratégie diplomatique et politique pour exiger réparation. Le comité devra aussi mobiliser la société civile, la diaspora et les partenaires régionaux, en particulier la CARICOM, afin de transformer une revendication morale en cause collective internationale.
 
La mission confiée au Comité National Haïtien de Restitution et de Réparation exige plus que des déclarations d’intention. Il lui faudra des ressources financières et techniques solides, des partenariats universitaires, l’appui des ministères clés et l’adhésion du peuple haïtien. Sans ces moyens, la commission risquerait de s’ajouter à la longue liste d’organes consultatifs sans portée réelle. L’exigence de transparence, de rigueur et d’efficacité sera décisive pour préserver sa crédibilité.
 
La présidence du comité confiée au recteur de l’Université d’État d’Haïti, Dieuseul Prédélus, illustre la volonté d’ancrer ce combat dans l’expertise académique et l’autorité morale. Entouré d’universitaires, d’intellectuels, de membres de la diaspora et de représentants ministériels, il a qualifié la rançon de 1825 de « crime économique » qui a saigné l’économie nationale et hypothéqué l’avenir de plusieurs générations. Ces mots tranchants marquent une rupture : on ne parle plus d’une « dette », mais d’une « spoliation organisée ».
 
Au-delà de sa mission technique, l’installation du CNHRR possède une valeur symbolique puissante. En pleine période de transition, Haïti affirme sa dignité, rappelle sa contribution historique à la liberté universelle et exige que la mémoire soit réparée. Ce geste diplomatique vise aussi à replacer Haïti au cœur des débats mondiaux sur la justice réparatrice, aux côtés d’autres nations caribéennes qui, par la voix de la CARICOM, réclament elles aussi réparation des crimes coloniaux.
 
L’Histoire retiendra si le CNHRR saura dépasser les discours pour incarner une démarche nationale de justice, de mémoire et de cohésion. Car la restitution ne se mesure pas seulement en termes financiers : elle signifie reconnaissance, réhabilitation et réappropriation d’une fierté collective trop longtemps bafouée.
 
En dotant Haïti de ce comité, les autorités de transition ont posé un acte jugé louable. Reste à transformer ce symbole en stratégie de justice durable. Le CNHRR porte désormais la lourde responsabilité de prouver qu’Haïti n’est pas condamnée à subir son passé, mais qu’elle peut en tirer la force de construire son avenir.
 
Vant Bef Info (VBI)


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