Haïti : des leaders politiques absents face à la débâcle nationale

Par Wandy CHARLES

Dans les rues, l’insécurité dicte ses lois. Dans les marchés, la misère gagne du terrain. Dans les institutions, la paralysie s’installe. Et sur la scène politique ? Un silence pesant. Les anciens députés, ex-sénateurs, ministres d’hier et responsables de partis semblent avoir disparu des radars. Pas de plan, pas de proposition, pas même un discours qui inspire. À part quelques déclarations glissées dans les médias, rien qui puisse rassurer ou éclairer l’opinion.

Alors que le pays traverse l’une de ses périodes les plus sombres, la classe politique s’efface. Pourtant, c’est précisément en ces temps de crise que les leaders devraient se lever, assumer leur rôle, guider, proposer et mobiliser. À défaut, la population se retrouve seule, exposée aux violences, aux catastrophes naturelles et à l’effondrement économique.

Le rôle qu’ils auraient dû jouer

Un leader politique, rappelle-t-on, n’est pas seulement un élu ou un ancien ministre. Son rôle est plus large, plus exigeant : donner une vision et tracer une direction ; représenter le peuple et défendre ses intérêts ; décider et assumer des choix courageux ; inspirer et mobiliser par la parole et l’exemple ; rassembler et créer l’unité nationale et agir avec intégrité pour redonner confiance.

Aujourd’hui, cette mission semble abandonnée. L’espace public se vide de propositions concrètes, laissant place à l’improvisation et à la résignation.

Sans leadership authentique, Haïti ressemble à un navire balloté par les vagues, sans gouvernail ni horizon. Le peuple encaisse, survit et résiste. Mais jusqu’à quand ? Il appartient aux leaders politiques de prouver leur utilité. Faute de quoi, l’Histoire retiendra qu’au moment le plus critique, ils ont choisi le silence.

Des leaders en hibernation électorale

Beaucoup de ces figures politiques, désormais invisibles dans le débat national, semblent en réalité attendre la prochaine échéance électorale pour “ressusciter”. Ils se taisent aujourd’hui, mais surgiront demain, avec slogans et promesses, comme si rien ne s’était passé. Cette posture opportuniste traduit un calcul : laisser la tempête sociale et sécuritaire s’épuiser avant de revenir en sauveurs autoproclamés. Une stratégie qui accentue la méfiance populaire et qui montre que, pour beaucoup, l’action politique ne rime pas avec responsabilité, mais avec conquête de pouvoir.

Dans les quartiers de Port-au-Prince comme dans les villes de province, la colère gronde. Les citoyens attendent des repères, une parole claire, un plan qui tienne la route. « Nou bezwen moun ki ka mennen n, pa moun k ap kache », lâchaient cette semaine des habitants Solino désabusés, lors d’un rassemblement. Mais ils n’entendent que des échos dispersés.

La fracture entre la population et ses dirigeants s’élargit chaque jour. Les Haïtiens se sentent abandonnés, comme si l’élite politique s’était volontairement mise en retrait au moment où le pays a le plus besoin d’elle.

En temps de crise, la posture d’un leader devrait être limpide : calme pour rassurer, ferme pour décider, proche du peuple pour inspirer confiance, rassembleur pour unir, intègre pour donner l’exemple. En Haïti, cela implique encore davantage : faire face à l’insécurité, combattre la corruption, tendre la main aux adversaires, et surtout, proposer un horizon crédible. Mais pour l’instant, la scène politique offre un spectacle inquiétant : des leaders absents, divisés, résignés. Le pays attend, en vain, un souffle, un cap.

Vant Bef Info (VBI)


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