Haïti face à l’analphabétisme en 2025, un obstacle majeur au développement national

À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, Haïti présente un visage alarmant : plus d’un adulte sur deux ne sait ni lire ni écrire. Selon les dernières données de l’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI), le taux d’analphabétisme dépasse 51 %, une situation qui place le pays parmi les plus touchés de la région. Malgré les décennies qui passent, la réalité demeure inchangée ; l’analphabétisme est un fléau national, mais surtout une urgence ignorée.

Port-au-Prince, le 9 septembre 2025. Depuis les années 1980, plusieurs programmes d’alphabétisation ont vu le jour, souvent sous la pression d’organisations internationales ou de partenaires étrangers. Pourtant, aucun n’a survécu au-delà de quelques années, faute de financement stable, de coordination efficace ou de volonté politique. Les résultats restent marginaux, souvent symboliques. Le pays semble condamné à un éternel recommencement.

« On parle beaucoup de changement, mais rien ne change réellement sur le terrain », déplore Marie-Josée Paul, directrice d’une organisation féminine dans le département de la Grand’Anse, ajoutant que les adultes analphabètes sont nombreux, mais invisibles dans les politiques publiques.

Alors que le pays traverse une crise multidimensionnelle politique, économique et sécuritaire, l’éducation des adultes est passée au second plan. Le ministère de l’Éducation nationale, déjà débordé par la gestion des écoles primaires et secondaires, consacre une part dérisoire de son budget à l’alphabétisation. Aucun plan national structuré n’est actuellement mis en œuvre.

« Ce n’est pas qu’une question d’école. L’analphabétisme touche à la dignité, à l’emploi, à la participation citoyenne », souligne le sociologue Jacques Léonard. « Comment parler de démocratie ou de développement quand une majorité ne peut pas lire une affiche électorale ou un contrat de travail ? » se demande-t-il.

Face à l’inaction de l’État, quelques organisations de la société civile tentent de combler le vide. Des programmes communautaires, souvent portés par des bénévoles ou des associations religieuses, enseignent la lecture et l’écriture à des groupes restreints d’adultes. Mais ces efforts, aussi louables soient-ils, restent marginaux face à l’ampleur du défi.

« On travaille avec très peu de moyens, dans des conditions précaires », confie Jean-Marc Pierre, animateur dans un centre d’apprentissage dans la ville des Cayes. Selon lui, il faudrait un appui structurel pour que ces actions aient un impact réel.

L’analphabétisme en Haïti ne touche pas tout le monde de la même manière. Il est fortement concentré dans les zones rurales, parmi les populations les plus pauvres, et frappe particulièrement les femmes. Il contribue à creuser les inégalités sociales et à exclure des milliers de personnes des opportunités économiques et politiques.

« Je n’ai jamais été à l’école, je dois demander à ma fille de lire les messages sur mon téléphone. J’en ai si honte », témoigne Roseline, 42 ans, vendeuse ambulante à Jérémie.

L’absence de politique publique durable sur l’alphabétisation en Haïti est plus qu’un échec administratif : c’est une compromission du futur. Dans un monde de plus en plus numérisé et compétitif, la capacité à lire et à écrire n’est plus un luxe, mais une nécessité fondamentale. Sans une stratégie nationale ambitieuse, inclusive et à long terme, Haïti restera prisonnière d’un cycle de pauvreté et d’exclusion.

En 2025, l’analphabétisme en Haïti n’est plus seulement un héritage du passé, c’est un choix collectif, celui de ne pas agir. À l’occasion de cette Journée internationale de l’alphabétisation, il est temps de rompre le silence, d’interpeller l’État et de mobiliser tous les secteurs de la société pour enfin traiter ce fléau comme ce qu’il est : une urgence nationale.

Judelor Louis Charles

VANT Bèf Info (VBI)


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