Le Dr Grégory Beaugé appelle les élites à placer la science au cœur des décisions

Face à la crise multidimensionnelle qui frappe Haïti, le Dr Grégory Beaugé appelle les élites nationales à revoir leur responsabilité dans la conduite du pays. L’obstétricien-gynécologue plaide pour une gouvernance fondée sur la science, les données, l’expertise et l’intérêt collectif.

Delmas, 28 août 2026. —Vice-président de la Société haïtienne d’obstétrique et de gynécologie, le médecin estime que la crise ne peut être imputée uniquement aux dirigeants politiques, aux institutions, au secteur économique ou aux puissances étrangères.

Il invite les différentes composantes de la société à examiner leur contribution à la situation actuelle.

« Haïti ne manque pas d’intelligence »

Pour le Dr Beaugé, Haïti dispose de nombreuses compétences. Médecins, ingénieurs, juristes, économistes, chercheurs et universitaires peuvent contribuer aux grandes décisions nationales.

« Haïti ne manque pas d’intelligence », affirme-t-il. Mais il estime que le pays ne parvient pas suffisamment à placer la raison, la science et la connaissance au centre des politiques publiques.

Selon lui, les décisions doivent reposer sur des analyses solides et des données fiables. Les résultats doivent ensuite être évalués afin de corriger les politiques qui ne produisent pas les effets attendus.

« Gouverner un pays moderne exige une autre démarche : observer, comprendre, analyser, décider, mesurer et corriger », soutient le médecin.

Replacer les faits au centre du débat

Le Dr Beaugé déplore également la place importante des émotions, des convictions et des intérêts particuliers dans les débats nationaux.

Il appelle à accorder davantage de place aux faits et aux connaissances. Pour lui, la science ne fournit pas toutes les réponses, mais elle permet de distinguer les faits des opinions et les solutions efficaces des illusions.

L’intellectuel doit aussi, selon lui, dépasser le simple commentaire des crises. Il doit contribuer à leur prévention, éclairer les décisions publiques et proposer des solutions fondées sur les connaissances.

Cette responsabilité concerne les élites politiques, économiques, professionnelles, universitaires et médiatiques.

« Chacun doit accepter de s’interroger sur sa contribution à la construction ou à l’affaiblissement de la nation », souligne le spécialiste.

L’université appelée à jouer un rôle central

Le Dr Grégory Beaugé considère également l’université comme un acteur majeur de la transformation du pays. Elle peut produire des connaissances, développer l’esprit critique et contribuer à l’amélioration des politiques publiques.

Membre du Conseil de l’Université d’État d’Haïti (UEH), il évoque certaines initiatives engagées sous le leadership du recteur, le Dr Predelus, ainsi que la contribution du professeur Pierre Louis, doyen de la Faculté de droit et des sciences économiques.

Le médecin plaide pour une culture politique qui valorise davantage les faits, l’expertise, la compétence et l’évaluation des politiques publiques.

Il appelle ainsi à « réhabiliter la raison » dans le débat national et à redonner à la science une place centrale dans les décisions publiques.

Pour lui, la reconstruction d’Haïti ne doit pas se limiter aux infrastructures et aux institutions. Elle doit aussi passer par une transformation des pratiques, des mentalités et de la conception de l’action publique.

En citant Albert Einstein, le Dr Beaugé rappelle : « qui a le privilège du savoir a le devoir d’agir ».

La crise haïtienne pose donc, selon lui, une question qui dépasse les responsabilités politiques. Elle interpelle également les élites sur leur devoir envers la nation.

Le médecin estime qu’Haïti dispose des compétences nécessaires pour préparer son avenir. Le défi consiste désormais à mieux mobiliser cette intelligence collective au service de l’intérêt général.

Jean Allens Macajoux
Vant Bèf Info (VBI)


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