Global Gateway : Haïti veut convaincre les investisseurs malgré la crise

Après plusieurs années durant lesquelles l’actualité haïtienne a été presque exclusivement dominée par l’insécurité, la crise politique et les urgences humanitaires, l’économie tente de retrouver une place dans le débat national. Ce lundi 29 juin, Haïti accueille le premier Forum national des investissements, organisé dans le cadre de la stratégie Global Gateway de l’Union européenne. Plus qu’une rencontre économique, l’événement constitue un test de crédibilité pour le pays et une tentative de repositionner Haïti auprès des investisseurs internationaux.

Port-au-Prince, 29 juin 20226.- Organisé avec l’appui de la Délégation de l’Union européenne en Haïti, du Bureau de l’Ordonnateur national (BON), de la Chambre Franco-Haïtienne de Commerce et d’Industrie (CFHCI) et des principales organisations patronales, le forum réunit représentants du gouvernement, institutions financières internationales, entreprises haïtiennes et partenaires européens autour d’un objectif commun : « transformer des opportunités d’affaires en projets d’investissement concrets ».

Le message porté par les organisateurs est clair : Haïti ne souhaite plus être perçue uniquement comme un pays dépendant de l’aide internationale, mais comme une économie capable d’attirer des capitaux privés autour de projets structurants. Contrairement à une conférence de bailleurs de fonds, le Forum national des investissements est conçu comme une plateforme de dialogue entre investisseurs, entreprises et pouvoirs publics. L’ambition est de faire émerger des partenariats, d’identifier les contraintes qui freinent les investissements et de faciliter le financement de projets jugés prioritaires.

Trois secteurs au cœur des discussions

Les travaux s’articulent autour de trois domaines identifiés conjointement par Haïti et l’Union européenne comme les plus porteurs de croissance. Le premier concerne les transports et la logistique, avec un accent particulier sur les infrastructures portuaires, aéroportuaires, les corridors logistiques et la connectivité régionale.

Le deuxième porte sur l’énergie et les industries extractives, notamment les énergies renouvelables, l’électrification et la valorisation du potentiel minier.

Enfin, le troisième axe est consacré à l’agriculture et à l’agroalimentaire, avec pour ambition de renforcer les chaînes de valeur, développer les capacités de transformation locale et faciliter l’accès aux marchés caribéens et européens.

Global Gateway, la stratégie économique européenne

Au cœur de cette initiative se trouve Global Gateway, la stratégie de l’Union européenne destinée à mobiliser jusqu’à 400 milliards d’euros d’investissements d’ici 2027 dans les infrastructures, l’énergie, le numérique, la santé, l’éducation et les chaînes de valeur stratégiques au sein des pays partenaires.

Pour Haïti, cette stratégie ouvre la possibilité de présenter des projets susceptibles de bénéficier de financements européens, mais également de mobiliser des investisseurs privés et des institutions comme la Banque européenne d’investissement (BEI), Proparco ou encore d’autres partenaires financiers internationaux présents au forum.

Si les perspectives affichées sont ambitieuses, elles se heurtent néanmoins à une réalité que les investisseurs ne peuvent ignorer. Depuis plusieurs années, l’insécurité, l’instabilité institutionnelle, la faiblesse des infrastructures et les difficultés logistiques pèsent lourdement sur l’attractivité économique du pays. Dans un tel contexte, attirer des investissements ne dépend pas uniquement de la qualité des projets présentés. Cela suppose également un environnement propice aux affaires, un cadre réglementaire stable, une administration efficace et des garanties minimales en matière de sécurité.

C’est précisément tout l’enjeu de ce forum : convaincre que, malgré les difficultés actuelles, certains secteurs de l’économie haïtienne demeurent porteurs et peuvent offrir des perspectives de rentabilité à moyen et long terme.

Au-delà des annonces

Les attentes sont importantes. Les entreprises espèrent identifier de nouveaux partenaires financiers, les institutions publiques cherchent à accélérer la réalisation de projets structurants et les partenaires européens souhaitent favoriser une coopération davantage orientée vers l’investissement que vers l’assistance traditionnelle.

Mais le véritable succès de cette première édition ne se mesurera pas au nombre de discours prononcés ou de protocoles signés. Il dépendra de la capacité des différents acteurs à transformer les intentions en investissements effectifs, les promesses en projets et les projets en emplois. Dans un pays confronté à une profonde crise multidimensionnelle, le Forum national des investissements apparaît ainsi comme un pari. Celui de démontrer que la relance économique peut commencer avant même la fin de la crise, à condition que l’État, le secteur privé et les partenaires internationaux parviennent à restaurer progressivement le climat de confiance indispensable à toute décision d’investissement.

Wandy CHARLES
Vant Bef Info (VBI)


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