Élections 2026 : la TRN alerte sur le risque de voir près de 30 % de l’électorat potentiel privé de vote

À quelques mois du premier tour des élections prévu le 13 décembre 2026, la Table de la Relève Nationale (TRN) tire la sonnette d’alarme sur les conditions dans lesquelles une partie de la population pourrait être appelée à participer au scrutin. Selon une analyse publiée par l’organisation, près de 30 % de l’électorat potentiel national pourrait être confronté à de sérieuses difficultés d’accès au vote en raison notamment de l’insécurité et des déplacements de population.

Dans son nouvel éclairage consacré aux « élections sous contrainte », la TRN estime à 7,43 millions le nombre de personnes âgées de 18 ans ou plus en Haïti. Cette population est utilisée comme approximation de l’électorat potentiel.

L’organisation s’intéresse particulièrement à plusieurs communes de l’Ouest et de l’Artibonite où la situation sécuritaire pourrait compromettre le déroulement normal du processus électoral.

Le périmètre central retenu comprend notamment Port-au-Prince, Carrefour, Delmas, Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Saint-Marc, Dessalines, Petite-Rivière de l’Artibonite, Verrettes et L’Estère.

Selon les calculs de la TRN, ces communes regroupent environ 2 174 667 adultes, soit 29,28 % de l’électorat potentiel national. En ajoutant Kenscoff et Ganthier, cette proportion atteint 30,33 %.

La TRN précise toutefois que ces chiffres ne signifient pas que l’ensemble de ces communes serait totalement inaccessible ou entièrement contrôlé par des groupes armés. L’objectif est plutôt de mesurer le poids démographique des territoires où l’accès aux centres de vote pourrait être fortement perturbé.

L’insécurité, un obstacle au droit de vote

Pour la TRN, l’une des principales difficultés réside dans la distinction entre l’abstention volontaire et l’exclusion électorale.

L’organisation rappelle qu’un citoyen qui choisit de ne pas voter ne se trouve pas dans la même situation qu’une personne qui ne peut pas s’inscrire, se déplacer ou rejoindre un centre de vote en raison de l’insécurité.

« Abstention et exclusion ne sont pas équivalentes », souligne la TRN.

Cette question prend une importance particulière dans un pays où la participation électorale demeure faible depuis plusieurs années.

En 2010-2011, la participation à la présidentielle avait atteint 22,52 %. En 2016-2017, elle était descendue à 18,11 % de la liste électorale complète.

Jusqu’à 363 600 bulletins potentiellement non exprimés

La TRN a également établi plusieurs scénarios afin d’évaluer les conséquences possibles d’une impossibilité d’accès au vote dans les communes identifiées.

Si 25 % des adultes concernés étaient empêchés de voter, environ 90 900 bulletins pourraient ne pas être exprimés. À 50 %, ce nombre atteindrait environ 181 800 bulletins. À 75 %, il pourrait dépasser 272 700.

Dans l’hypothèse extrême d’une inaccessibilité totale du périmètre étudié, la TRN estime le nombre de bulletins potentiellement non exprimés à environ 363 600.

L’organisation insiste sur le fait qu’il s’agit de projections indicatives et non de prévisions électorales.

Elle rappelle néanmoins que l’écart entre les principaux candidats à la présidentielle avait été de 380 239 voix en 2011 et de 382 939 voix en 2016. L’ampleur des suffrages potentiellement affectés pourrait donc, selon la TRN, être comparable aux marges ayant séparé les candidats lors des deux derniers scrutins présidentiels.

Quatre demandes adressées aux autorités

Face à ces risques, la Table de la Relève Nationale formule quatre principales recommandations.

Elle demande d’abord la mise en place d’une matrice publique d’opérabilité électorale, afin que la population puisse connaître la situation de chaque commune et de chaque centre de vote.

La TRN réclame également une distinction claire entre les électeurs inscrits sur la liste nationale et ceux effectivement rattachés à des centres de vote opérationnels.

La plateforme demande par ailleurs des mécanismes spécifiques pour les personnes déplacées internes, notamment en matière de transfert électoral, de centres spéciaux, d’information et de protection.

Enfin, elle préconise l’adoption de critères objectifs permettant de déterminer lorsqu’un scrutin local devrait être reporté ou repris, avec un mécanisme de vérification indépendante.

À travers cette alerte, la TRN estime que la question des prochaines élections ne se limite pas à la date du 13 décembre. Elle concerne surtout la capacité des autorités à garantir un accès réel et équitable au scrutin.

« Une élection peut survivre à l’abstention. Elle ne peut produire un mandat national durable si une part déterminante du pays est empêchée de voter », conclut la TRN.

Alfailly Junior PIERRE
Vant Bèf Info (VBI)


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