Des millions pour Éric Prince, mais de l’insécurité pour le peuple haïtien

Dans les récentes interviews accordées à CNN, Éric Prince, fondateur de Blackwater et dirigeant de Vectus Global, défend sa stratégie de lutte contre les gangs en Haïti. Pourtant, après plus d’un an d’opérations, aucun chef de gang majeur n’a été appréhendé ou tué par sa société. Les groupes armés continuent de terroriser la population, alors que des dizaines de millions de dollars sont engagés dans cette stratégie sécuritaire.

Port-au-Prince, 23 octobre 2026 — Dans un reportage diffusé le 17 octobre, CNN a évoqué plus de 2 000 frappes de drones réalisées depuis le début des opérations de la Task Force, en mars 2025. Interrogé sur l’absence de chefs de gangs majeurs tués, Éric Prince a défendu une approche privilégiant la neutralisation des combattants plutôt que l’élimination de leurs dirigeants. Il n’a pas révélé le montant annuel de sa rémunération, que CNN estime susceptible d’atteindre des dizaines de millions de dollars.

En mars 2026, la Fondasyon Je Klere (FJKL) a examiné un contrat d’un an évalué à 52 millions de dollars américains, conclu avec Windward Wyoming LLC pour soutenir les opérations de sécurité. Selon les informations disponibles, environ 35,5 millions de dollars avaient déjà été versés au cours des huit premiers mois du contrat. L’organisation a notamment soulevé des interrogations sur les engagements relatifs à la sécurisation des axes routiers et des installations stratégiques.

En août 2025, Prince avait également annoncé un contrat de dix ans avec l’État haïtien, portant notamment sur la lutte contre les gangs et la collecte des taxes à la frontière entre Haïti et la République dominicaine. Les modalités financières et l’articulation de ces différents engagements nécessitent des clarifications de la part des autorités.

Les conséquences humaines des opérations suscitent également des inquiétudes. Dans un rapport publié en mars 2026, Human Rights Watch a recensé 1 243 personnes tuées et 738 blessées lors de 141 opérations de drones entre mars 2025 et janvier 2026. Parmi les personnes tuées figuraient au moins 60 personnes qui ne semblaient pas appartenir à des groupes criminels, dont 17 enfants.

Pendant ce temps, les chiffres des Nations unies témoignent de la gravité de la crise. Entre le 1er juillet et le début d’octobre 2026, 1 123 personnes ont été tuées et 440 blessées. Environ 1,49 million de personnesétaient déplacées à l’intérieur du pays en août. L’ONU a également documenté 689 femmes et filles victimes de viols attribués aux gangs en juillet et août.

Pour les familles contraintes de fuir leur domicile, les commerçants qui ont dû fermer leurs portes et les habitants qui vivent sous la menace des groupes armés, les déclarations ne suffisent plus. La population attend des résultats concrets, notamment la sécurisation des routes, la reprise des territoires contrôlés par les gangs et l’arrestation de leurs dirigeants.

Pendant que des millions de dollars sont engagés dans cette stratégie, les Haïtiens continuent de fuir leurs maisons, de pleurer leurs proches et de vivre dans la peur. Après plus d’un an d’opérations, aucun chef de gang majeur n’a été appréhendé ou tué par la société d’Éric Prince. Pour les familles qui attendent de pouvoir rentrer chez elles et les habitants qui espèrent retrouver une vie normale, une question demeure , combien de temps faudra-t-il encore attendre pour que ces dépenses se traduisent enfin par des résultats concrets sur le terrain ?

Moïse François
Vant Bèf Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *