Le Japon a-t-il rendu service au Brésil ?

Bousculée tactiquement, la Seleção a peut-être trouvé les réponses dont elle aura besoin pour aller plus loin dans cette Coupe du monde.

Le Brésil a validé son billet qualificatif pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde en venant difficilement à bout du Japon(2-1). Menée à la pause, la Seleção a dû puiser dans ses ressources mentales et tactiques pour renverser une équipe japonaise bien organisée. Au-delà de la qualification, cette rencontre pourrait constituer un tournant dans le parcours des hommes de Carlo Ancelotti.

Une leçon de tactique venue d’Asie

Les grandes compétitions ne récompensent pas uniquement les équipes les plus talentueuses. Elles couronnent également celles capables de résoudre les problèmes que leurs adversaires leur imposent.
Conscient que le principal danger brésilien résidait dans les accélérations de Vinícius Júnior, les projections des latéraux et la qualité technique de ses milieux, Hajime Moriyasu a demandé à ses joueurs de défendre dans un 5-4-1 extrêmement compact.
Les cinq défenseurs protégeaient constamment la profondeur.
Les quatre milieux réduisaient les espaces entre les lignes.
L’unique attaquant avait pour mission de déclencher le pressing uniquement au bon moment.
Résultat : le Brésil avait le ballon… mais ne contrôlait pas réellement le match.
Pourquoi le plan japonais a fonctionné?

Le football moderne repose sur un principe simple :
Créer de l’espace avant de créer une occasion.
Or, le Japon refusait précisément d’offrir cet espace.
Les couloirs étaient immédiatement refermés.
L’axe était verrouillé.
La profondeur était inexistante.
Chaque fois que Vinícius Júnior recevait le ballon, il était entouré de deux, parfois trois défenseurs.
Le Brésil multipliait alors les passes latérales.
La circulation du ballon devenait lente.
Les attaques perdaient leur spontanéité.
Cette domination territoriale ne produisait finalement que très peu de véritables occasions.

Le contre parfait

À force d’attaquer sans déséquilibrer le bloc japonais, la Seleção s’est exposée.
À la 29e minute, une perte de balle dans l’entrejeu a suffi.
En trois passes seulement, le Japon a traversé le terrain. Sano a conclu l’action.
Ce but n’était pas un hasard.
Il était la récompense d’un plan parfaitement exécuté.
Le Japon n’avait pas besoin d’avoir le ballon.
Il attendait simplement l’erreur.

Une première période inquiétante

Cette première mi-temps a révélé une réalité que beaucoup pressentaient déjà.
Lorsque Vinícius Júnior est privé d’espaces, le Brésil manque encore de solutions collectives.
Le jeu offensif repose parfois trop sur sa capacité à éliminer son adversaire direct.
Face à une défense regroupée, cette dépendance devient une faiblesse.
Les milieux trouvaient difficilement des passes verticales.
Les attaquants recevaient peu de ballons exploitables.
La Seleção semblait manquer d’idées.

Ancelotti change le visage du Brésil

Les grandes équipes savent s’adapter.
Au retour des vestiaires, Carlo Ancelotti n’a pas bouleversé son système.
Il a changé les comportements.
Les latéraux ont commencé à monter plus haut.
Les centres sont devenus plus nombreux.
Les milieux se sont davantage projetés dans la surface.
Le Brésil cherchait désormais à créer le danger autrement.
Cette adaptation a fini par payer.
À la 56e minute, Gabriel Magalhães adresse un centre précis du pied gauche.
Casemiro surgit dans la surface et égalise de la tête.
Cette égalisation change totalement la dynamique psychologique du match.
Pour la première fois, le Japon est obligé de sortir légèrement de son bloc.
Les espaces commencent enfin à apparaître.

Le banc fait la différence

C’est souvent là que les grandes sélections démontrent leur profondeur.
À la 66e minute, Carlo Ancelotti lance Gabriel Martinelli.
Son profil est différent.
Plus explosif.
Plus direct.
Plus imprévisible.
Le rythme du match change.
Les défenseurs japonais commencent à reculer.
Les appels se multiplient.
Et dans le temps additionnel (90+6), Martinelli est récompensé.
Servi par Bruno Guimarães, auteur de sa quatrième passe décisive du tournoi, il trompe le gardien japonais d’une reprise de l’intérieur du pied.
Le Brésil est qualifié.

Pourquoi le Japon a peut-être rendu service au Brésil

Cette rencontre dépasse largement le cadre d’une simple qualification.
Depuis le début du tournoi, le Brésil n’avait rencontré qu’une seule équipe capable de rivaliser tactiquement : le Maroc.
Le Japon est allé encore plus loin.
Il a obligé la Seleção à sortir de son plan habituel.
Il lui a montré qu’une équipe disciplinée pouvait neutraliser ses individualités.
Il a également permis à Carlo Ancelotti de tester plusieurs solutions offensives.
Le jeu aérien.
Les centres.
Les changements de profils.
Les projections des milieux.
Autant d’armes qui pourraient devenir décisives lors des prochains tours.
Les grandes équipes apprennent davantage dans la difficulté que dans les démonstrations.
Le Japon a rappelé au Brésil qu’un Mondial ne se gagne pas seulement avec des dribbles et des gestes techniques.
Il se gagne aussi avec de la patience, de l’intelligence tactique et une capacité permanente à s’adapter.

Le Brésil repart avec une qualification, mais surtout avec des enseignements précieux. Dans les tours à élimination directe, où chaque détail compte, les équipes qui savent corriger leurs imperfections prennent souvent une longueur d’avance.
Paradoxalement, le Japon n’a peut-être pas seulement été un adversaire. Il a été un révélateur. En poussant la Seleção dans ses retranchements, il lui a offert ce que peu d’équipes avaient réussi jusque-là : un miroir de ses forces… mais aussi de ses limites.
Si Carlo Ancelotti et ses joueurs savent tirer profit de cette expérience, alors ce match pourrait bien rester comme celui où le Brésil a commencé à construire son véritable parcours mondial.
Certes, le Brésil s’est débarrasé du piège du Japon, mais cette sélection, malgré la présence de Vinicius Jr, n’a pas fait peur à ses adversaires à quelques jours du duel des 8es de finale contre la Norvège d’un certain Erling Haaland. Donc, la prudence est de mise côté brésilien.

Jean Calix Lestius


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