Lettre à Netty
Cinq ans après, je t’écris encore…
Ma chère Netty,
Cinq années se sont écoulées depuis cette nuit où la barbarie t’a arrachée à nous. Pourtant, le temps n’a pas réussi à apprivoiser l’absence. La vie sans toi demeure révoltante. Penser à toi est toujours aussi bouleversant.
Parfois, j’ai envie d’allumer des bougies pour toi. Mais mes mains tremblent. Elles tremblent parce que l’angoisse est restée. Parce que j’entends encore ta voix. Parce que je revois ton sourire, ton énergie, cette manière si particulière que tu avais de tendre la main aux autres. Tu aimais sans calcul, avec la générosité du soleil qui éclaire tout le monde sans rien réclamer en retour.
Tu n’as fait que semer du bien autour de toi. En retour, la haine t’a frappée avec une violence inouïe. Ceux qui t’ont ôté la vie n’ont pas seulement assassiné une femme. Ils ont tenté de tuer une espérance.
Je me souviens du lendemain de ton départ. J’ai allumé des bougies blanches et j’ai pleuré comme rarement on pleure. Aujourd’hui encore, je regrette qu’elles aient été celles du deuil. Elles auraient dû être celles de l’espérance, celles qui t’auraient accompagnée dans les épreuves jusqu’au jour où nous aurions célébré ensemble la victoire de nos combats.
Nous avons refusé de laisser ton nom sombrer dans l’oubli. Nous continuerons de t’immortaliser. Ta famille veille sur ta mémoire. Ta communauté de Chantal porte encore ton héritage. Et tous ceux qui t’ont connue savent qu’une femme comme toi ne disparaît jamais complètement.
Mais que te dire de ce pays que tu as quitté ?
Sept jours après ton assassinat, c’était au tour du président Jovenel Moïse d’être assassiné. Puis sont venus tant d’autres : des médecins, des professeurs, des journalistes, des étudiants, des militants, des policiers, des citoyens anonymes. La liste est devenue si longue que les noms finissent par se confondre dans une douleur collective.
Nous avons les informations. Nous savons souvent ce qui s’est passé. Ce sont les décisions, le courage politique et la justice qui continuent de manquer.
Depuis ton départ, les grandes mobilisations populaires n’ont plus la même force. Comme si ton assassinat avait aussi blessé notre capacité à croire qu’il était encore possible de changer les choses. Les manifestations continuent, mais elles se terminent trop souvent dans le sang. Un journaliste est tombé en couvrant une mobilisation d’ouvriers réclamant un salaire minimum décent. Hier encore, un militant a été tué lors d’une manifestation politique. La violence semble avoir pris le pas sur le débat.
Dis-moi, Netty… comment continuer à espérer quand la mort semble toujours avoir une longueur d’avance sur la justice ?
Pourtant, renoncer serait te trahir.
Alors nous continuerons à faire vivre ta voix, à raconter ton histoire et à défendre les idéaux qui t’animaient. Non pas par nostalgie, mais parce que ton combat demeure d’une brûlante actualité.
Et lorsque j’aurai un jour à parler de toi à mes enfants, je ne veux pas seulement leur raconter comment tu es morte.
Je veux leur raconter pourquoi tu as vécu.
Je veux leur parler de toi dans une Haïti réconciliée avec elle-même. Une Haïti où l’on ne tue plus ses journalistes, ses militants, ses enseignants ou ses médecins. Une Haïti où la justice n’est plus un rêve, mais une réalité.
Je veux surtout pouvoir le faire chez nous.
En Haïti.
L’Haïti de nos ancêtres.
Repose en paix, ma chère Netty. Ton absence nous blesse encore, mais ton courage continue d’éclairer notre route.
Avec affection, respect et fidélité à ton combat.
Came Stefada Poulard
Vant Bef Info (VBI)
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