Portrait  Garry Didier Perez : la voix « Fidèl » du compas haïtien

Par Wandy CHARLES

L’écho d’une voix unique s’est éteint le 28 août 2025. À 59 ans, Garry Didier Perez, chanteur emblématique des groupes Zenglen et Ozone, est décédé après une longue bataille contre la maladie. Figure marquante du compas dans les années 1990, il avait contribué à forger l’identité musicale haïtienne par son timbre vocal et ses textes très touchants.

Pétion-Ville, 28 août 2025.- Le groupe Zenglen a annoncé la triste nouvelle sur sa page officielle, postant ce message sobre : « Après une longue bataille contre la maladie, mon frère Garry Didier Perez est décédé aujourd’hui à 12h30. RIP frère ». Dès lors, la grande famille du compas plonge dans la tristesse de perdre un artiste au parcours inoubliable.

Un parcours enraciné dans le compas haïtien

Garry Didier Perez s’impose dès la fin des années 1980 par sa voix puissante et expressive. Il est devenu le premier chanteur principal du groupe Zenglen, fondé dans les quartiers populaires de Port-au-Prince. Avec Zenglen, il collabore aux tubes cultes du répertoire kompa haïtien : on se souvient surtout des hymnes « Fidèl » et « Tambou Nou », dont les mélodies entraînantes ont traversé le temps. Durant cette période, sa voix grave et envoûtante résonne dans les clubs et les fêtes du pays, faisant danser toute une génération.

Désireux de voler de ses propres ailes, Perez quitte Zenglen et fonde en solo le groupe Ozone au début des années 1990. C’est avec Ozone qu’il enregistre l’album Rache Pikan (1992), sur lequel figurent plusieurs de ses grands succès. Parmi ses œuvres notoires, citons notamment « Anba Latè ». Ces chansons, mêlant rythmes dansants et textes lyriques, font de lui un compositeur et arrangeur respecté. En somme, Garry Perez laisse l’image d’un auteur-compositeur passionné par son métier et attaché à promouvoir la culture haïtienne. Sa carrière, éclatante sur scène comme en studio, est jalonnée de titres devenus des standards. Il a prêté sa voix aux refrains qui battront longtemps dans les cœurs de ses fans.

Un combat contre la maladie

Si sa voix a conquis le public, sa vie personnelle a été marquée par de rudes épreuves de santé. Depuis plusieurs années, Perez affrontait un ennemi impitoyable : le diabète, qui s’est complexifié en insuffisance rénale chronique. Ainsi, en 2021, il avait révélé avoir développé une insuffisance rénale nécessitant des dialyses régulières ; en octobre 2023 il a subi une opération du cœur réussie; et au début de 2025 il a été hospitalisé huit jours pour des complications supplémentaires. Lourdement amputé du pied gauche à cause du diabète, Perez utilisait désormais une prothèse au quotidien. Dans ses dernières années, il multipliait les appels à l’aide : il avait lancé une campagne de financement sur GoFundMe pour réunir les 40 000 dollars nécessaires à son traitement. Malgré tous ses efforts, la maladie s’est finalement révélée plus forte.

Tout au long de ce parcours douloureux, le chanteur est resté admirablement « fidèle », fidèle à son optimisme et à son public. Tandis que, ironiquement, la communauté n’a pas toujours pu lui rendre la même loyauté. Dans une émouvante publication, Perez écrivait : « Cela fait longtemps que je suis malade… J’aimerais pouvoir continuer à servir ma communauté et faire plaisir à mes fans. Je cherche de l’aide pour retrouver mon sourire détruit par le diabète. ». Ces mots traduisent sa détermination face à la « trahison » d’une maladie foudroyante qui lui a volé bien des années. Pourtant, malgré cette fatigue physique et morale, il a tenu à apaiser ses proches : comme dans sa chanson « Ou Te Mèt Alé », il a pu partir en paix, convaincu d’avoir marqué sa génération de l’empreinte profonde de sa voix.

Héritage et hommages

Au-delà du silence qui descend désormais sur ses dernières notes, Garry Didier Perez laisse un héritage solide. La grande famille du compas pleure « son frère » et une « belle figure de notre culture ». Le leader historique de Zenglen, Jean Brutus Dérissaint dit « Maestro Brutus », a confirmé sa disparition et salué son courage. Sur les réseaux, artistes et fans se souviennent de sa gentillesse, de son enthousiasme et de la puissance de son chant. Comme l’écrivent plusieurs médias haïtiens, « sa voix restera gravée dans les mémoires ». À travers les tubes intemporels qu’il laisse derrière lui ; de « Fidèl » à « Tambou Nou », en passant par « Anba Latè » et « Ou Te Mèt Alé », c’est tout un pan de la musique haïtienne des années 90 qui résonne encore.

En définitive, Gary Didier Perez aura été plus qu’un chanteur : un tambour battant au rythme de son peuple, dont la mémoire continue de vibrer. Dans la peine, ses admirateurs se consolent en sachant qu’il pouvait désormais « partir sans regret », son œuvre accomplie. Son départ est une « dernière note » qui nous rappelle la fragilité de la vie, mais aussi l’éclat d’une voix qui, elle, ne cesserait jamais de résonner dans le cœur de ceux qu’il a fait danser. Son souvenir vivra, fidèle et vibrant, dans les mélodies du compas haïtien.

Vant Bef Info (VBI)


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