Haïti – Élections : Le CPT entre impératif démocratique et indifférence face aux victimes de l’insécurité

Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) se retrouve au cœur d’une vive controverse. Accusé par des voix de la société civile de préparer une « mascarade électorale », l’organe de transition est critiqué pour vouloir organiser des élections dans un contexte où la majorité du pays demeure sous la menace des gangs et plongée dans une crise humanitaire sans précédent.

Port -au -Prince le 5 novembre 2025=

L’annonce de la tenue prochaine d’élections, bien qu’indispensable au retour à l’ordre constitutionnel, suscite un scepticisme croissant au sein de l’opinion publique. Pour de nombreux observateurs, cette démarche témoigne d’un mépris des réalités sociales et sécuritaires du pays.

 « Comment parler de scrutin libre et équitable lorsque des milliers de citoyens vivent sous la coupe des groupes armés ou survivent dans des camps de déplacés ? », s’interroge un membre d’une organisation humanitaire haïtienne, dénonçant une « ridiculisation du peuple haïtien » par les autorités de transition.

Un processus démocratique contesté

Pour les critiques, ignorer les zones contrôlées par les gangs ou les conditions précaires des déplacés revient à exclure une large frange de la population du processus démocratique. En l’absence d’un environnement sûr et inclusif, les élections risquent d’être perçues comme un simulacre de légitimité.

Malgré tout, certains analystes estiment que la tenue d’élections demeure un impératif politique. Dans un entretien accordé à la rédaction de Vant Bèf Info ( VBI) ,Selon Dourason Charles, titulaire d’un Master 2 en science politique du Nouveau Collège d’Études Politiques de Paris, « le pays a besoin d’un retour à l’ordre démocratique pour sortir du statu quo actuel ».

Méfiance et soupçons de corruption

Mais cette perspective se heurte à un obstacle majeur : la profonde méfiance de la population envers le pouvoir en place. À un peu plus d’un an d’existence, le CPT fait déjà face à des accusations de corruption et à des doutes persistants sur son indépendance.

 « Les soupçons de corruption qui entourent certains membres du CPT affaiblissent toute idée d’élections crédibles. Sans confiance dans les institutions, parler de souveraineté électorale relève de l’illusion », affirme Dourason Charles.

Le spectre d’une transition prolongée

L’analyste met également en garde contre les risques d’une transition sans fin, alimentée par une instabilité politique « fabriquée » pour justifier le maintien au pouvoir des dirigeants actuels. Une telle dérive, prévient-il, pourrait ouvrir la voie à une nouvelle tutelle étrangère, perçue comme un affront à la souveraineté nationale.

Le CPT se retrouve donc face à un dilemme : organiser des élections crédibles tout en garantissant la sécurité et la participation de tous, y compris des citoyens les plus vulnérables. Sans une réponse claire aux accusations de corruption et de mépris des victimes, le processus électoral risque d’être vu, au mieux, comme une tentative vaine de restaurer la démocratie et, au pire, comme une trahison du peuple haïtien.

Judelor Louis Charles

Vant Bèf Info (VBI)


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