Haïti / Élections : entre la réalité sécuritaire de Delmas et les ambitions du CPT
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) affiche sa volonté d’organiser les prochaines élections en Haïti, un objectif crucial pour restaurer la stabilité institutionnelle. Pourtant, à quelques kilomètres des discussions politiques, un autre scénario s’impose : la série d’enlèvements à Delmas, qui transforme la commune en symbole de l’impuissance sécuritaire. Ce décalage entre les ambitions politiques et la réalité du terrain soulève une question fondamentale : comment parler de démocratie quand la survie quotidienne n’est plus garantie ?

Une promesse sécuritaire brisée
L’annonce de la transformation de la Mission multisectorielle de sécurité (MMSS) ou de toute autre entité similaire en Force de répression des gangs (FRG) avait suscité un mince espoir de reprise en main de la situation par l’État. À Delmas, cet espoir s’est rapidement heurté à la réalité des enlèvements à répétition.
Autrefois considérée comme une zone relativement stable, la commune est aujourd’hui un foyer d’insécurité chronique, où les tentatives de kidnapping se multiplient, parfois en plein jour.
« Un homme qui vendait de la glace près de ma boutique a échappé à une tentative d’enlèvement la semaine dernière. Chaque jour, je ne pense plus à mes ventes, mais à l’heure à laquelle je dois rentrer pour ne pas être la prochaine. La Force de répression ? Je ne la vois pas. Ils parlent d’élections, mais comment voter quand on a peur de sortir ? », témoigne un jeune entrepreneur de Delmas 33.
L’État dépassé par les gangs
L’échec de la MMSS, malgré son changement de nom, à enrayer la vague criminelle à Delmas met en lumière une réalité glaçante : les groupes armés ont une longueur d’avance sur les forces de l’ordre.
Le kidnapping n’est plus un phénomène isolé ; c’est devenu une véritable économie de la peur, alimentée par l’absence de l’État et la vulnérabilité des habitants.
Pendant que les familles de Delmas s’épuisent à négocier des rançons, le CPT poursuit la mise en place d’un Conseil électoral provisoire (CEP) et l’élaboration d’un calendrier électoral. Si le retour à l’ordre constitutionnel demeure indispensable, le contraste entre les priorités interpelle.
Entre légitimité politique et urgence sécuritaire
De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une feuille de route jugée irréaliste. Comment garantir la liberté de mouvement des candidats et des électeurs ? Comment assurer la sécurité des bureaux de vote dans des zones où les gangs imposent leur loi ?
« Les élections, c’est l’espoir d’un avenir meilleur, mais elles ne peuvent pas être un pansement sur une plaie ouverte. Il faut d’abord stopper l’hémorragie du kidnapping. La sécurité est le premier droit civique, avant le droit de vote », estime Marc-Henry, étudiant en droit originaire de Delmas.
Un pari risqué pour le CPT
Le CPT, soumis à la pression de la communauté internationale et à la quête de légitimité, semble déterminé à respecter son engagement électoral. Mais ignorer l’urgence sécuritaire en particulier l’épidémie d’enlèvements à Delmas et dans la zone métropolitaine reviendrait à construire une maison démocratique sur des sables mouvants.
Pour plusieurs observateurs de la société civile, une élection organisée dans la peur et l’insécurité chronique ne produirait qu’une légitimité contestable, risquant d’aggraver la méfiance citoyenne envers la classe politique.
Judelor Louis Charles
Vant Bèf Info (VBI)
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