FAd’H : l’engouement des jeunes masque-t-il l’échec des politiques d’emploi ?
Le ministère de la Défense se félicite du succès de la première journée de la campagne nationale de recrutement des Forces Armées d’Haïti (FAd’H). Dans un communiqué publié lundi, le ministre de la Défense, Mario Andrésol, a salué la « forte mobilisation » des jeunes dans les dix départements du pays. Mais derrière l’optimisme affiché par les autorités, plusieurs questions demeurent sur les objectifs réels de cette campagne et sur la capacité de l’État à répondre aux attentes de cette jeunesse.

Port-au-Prince, 8 juin 2026. Selon le ministère, des centaines de jeunes hommes et femmes se sont présentés dès l’ouverture des centres de recrutement, répondant à l’appel lancé par les autorités. Le ministre y voit un signe d’engagement patriotique et une volonté de participer à « l’effort national de reconstruction ».

« Cette réponse massive est porteuse d’espoir. Elle démontre que notre jeunesse est prête à prendre sa place dans l’effort national de reconstruction et à contribuer activement à la prospérité du pays », a déclaré Mario Andrésol dans le communiqué officiel.

Toutefois, le ministère n’a communiqué aucun chiffre précis permettant d’évaluer l’ampleur réelle de la mobilisation. Aucun bilan détaillé par département ni aucune donnée sur les capacités d’accueil, de formation ou d’intégration des futurs recrues n’ont été rendus publics.

Cette campagne intervient dans un contexte marqué par une profonde crise sécuritaire, économique et sociale. Pour de nombreux observateurs, l’affluence constatée pourrait également traduire le manque d’opportunités économiques auxquelles fait face une grande partie de la jeunesse haïtienne. Dans un pays où le chômage et la précarité touchent fortement les jeunes, l’armée peut apparaître comme l’une des rares perspectives d’emploi et de stabilité.
Le communiqué du ministère met en avant l’adhésion des jeunes au projet de renforcement des capacités de défense nationale, mais reste silencieux sur plusieurs aspects essentiels : les ressources disponibles pour assurer la formation des recrues, les missions précises qui leur seront confiées ainsi que les garanties de transparence entourant le processus de recrutement.
Alors que le gouvernement présente cette campagne comme une étape importante dans le renforcement des institutions de sécurité, des voix continuent de s’interroger sur la pertinence des priorités de l’État face à l’ampleur des défis auxquels la population est confrontée quotidiennement.
La campagne de recrutement doit se poursuivre jusqu’au 12 juin dans l’ensemble des départements du pays, conformément aux instructions du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Reste à savoir si cet élan observé lors de la première journée se traduira par un véritable renforcement des capacités nationales ou s’il constituera avant tout une opération de communication destinée à démontrer la volonté d’action du gouvernement.
Ronald André
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