À l’Arcahaie, les gangs s’en prennent à de pauvres habitants pour afficher leur puissance

Deux jours après une opération policière qui leur aurait coûté une vingtaine d’hommes, dont un chef, les gangs ont porté les représailles jusque dans les localités de l’Arcahaie. Du 31 octobre au 2 novembre, les attaques attribuées à la coalition Viv Ansanm ont fait seize morts, selon le bilan communiqué mardi soir par le maire Wilner René. Parmi les victimes figurent des membres de brigades d’autodéfense. Plusieurs corps, retrouvés dans un état de décomposition avancé, ont dû être inhumés dans une fosse commune.

Port-au-Prince, le 4 novembre 2026.- Ceux qui ont payé de leur vie ces représailles n’avaient, pour la plupart, aucune part dans l’opération du 29 octobre à Bercy. Ce jour-là, selon le maire, la Police nationale d’Haïti (PNH) aurait tué « Galaxy », un chef de gang mis en cause dans le massacre de Laborderie, commis un an plus tôt. Dès le samedi suivant, les groupes armés, renforcés par de nouveaux combattants, sont repartis à l’assaut. L’Arcahaie connaît donc un nouvel épisode d’une violence qui avait déjà endeuillé ses habitants.

Ces attaques se lisent aussi à la lumière des revers subis par les gangs à Kenscoff. Le 6 octobre, la PNH y a annoncé la reprise de Belot, avant de poursuivre ses opérations en direction de Furcy. Des éléments disponibles permettent d’affirmer que des hommes délogés de Kenscoff ont rejoint l’Arcahaie pour y établir une base. À l’Arcahaie, le maire rattache directement l’offensive à la mort de « Galaxy ». Mais les deux épisodes éclairent un même enjeu pour Viv Ansanm : comment continuer à paraître puissant quand la police reprend du terrain ou abat l’un de vos chefs ?

S’en prendre à des habitants peu protégés offre aux groupes armés un moyen de livrer cette bataille de communication. Une attaque contre une localité rurale leur permet de faire peser la menace sur toutes les localités voisines. Ils peuvent échouer à tenir un territoire et néanmoins dicter les gestes de ceux qui y vivent : emprunter une route, ouvrir une boutique, se rendre au marché. C’est là que réside l’intérêt stratégique de la terreur. Elle donne aux assaillants une prise sur la population jusque dans les endroits où ils ne disposent d’aucune base établie.

À l’Arcahaie, ils ont pourtant rencontré de la résistance. Selon Wilner René, des policiers et des membres des brigades d’autodéfense ont repoussé les assauts. Certains de ces brigadiers y ont laissé la vie. Dès le 2 novembre, le maire réclamait des renforts. Sa demande soulève une question qui dépasse le courage des hommes sur le terrain : après avoir frappé un groupe armé à Bercy, quel dispositif les autorités avaient-elles prévu pour protéger les habitants des environs contre une riposte ? Moins de quarante-huit heures ont séparé l’opération policière des premières représailles.

Pour les familles qui vivent de la terre ou d’un petit commerce, les conséquences se prolongent bien après les derniers tirs. Une route jugée trop dangereuse peut suffire à priver un cultivateur de son débouché, une marchande de sa recette, un petit entrepreneur de quoi payer son personnel.

Mardi matin, le maire faisait état d’une accalmie, tout en soulignant que la menace persistait. Pour les habitants de l’Arcahaie, la véritable mesure de la sécurité reste de pouvoir retourner au champ, lever le rideau de sa boutique et rentrer chez soi sans devoir compter sur un voisin armé pour défendre et protéger.

Vant Bef Info (VBI)


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