Crise sécuritaire : Bukele appelle les Haïtiens à défendre l’héritage de Dessalines

Le président salvadorien Nayib Bukele appelle les Haïtiens à se mobiliser contre les groupes armés et ceux qui contribuent à leur expansion. Dans un message publié sur son compte X, le mardi 3 novembre 2026, il a également dénoncé la responsabilité de certains acteurs nationaux dans la crise sécuritaire et invité la population à défendre l’indépendance et la souveraineté du pays.

Tegucigalpa, 3 novembre 2026.

S’adressant directement au peuple haïtien encore une fois, le dirigeant salvadorien a établi un parallèle entre l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines et les comportements de certains acteurs qui, selon lui, participent aujourd’hui à l’affaiblissement du pays.

Il vise notamment ceux qui financent les groupes armés, leur fournissent des armes ou tirent profit de la violence. Pour Bukele, la crise haïtienne ne peut être imputée uniquement à des facteurs extérieurs, puisque des acteurs nationaux contribueraient également au fonctionnement des réseaux criminels.

Le président salvadorien critique aussi la collaboration de certains Haïtiens avec des intérêts étrangers, qu’il présente comme une trahison des aspirations de liberté et de souveraineté du peuple haïtien.

Il affirme que le Salvador est disposé à accompagner Haïti dans sa lutte contre les groupes armés, sans se substituer à sa population ni à ses institutions. Il précise que cette assistance ne constitue pas une volonté d’imposer une occupation étrangère.

Un discours qui rejoint les déclarations du Premier ministre

Cette prise de position intervient après les déclarations du Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, lors d’un point de presse consacré à la sécurité. Le chef du gouvernement avait insisté sur le fait que les forces étrangères déployées en Haïti n’ont pas vocation à remplacer les autorités nationales.

Il avait également rappelé que la conduite des opérations et le rétablissement de la sécurité relèvent de la responsabilité des institutions haïtiennes. Le soutien international doit donc accompagner les efforts nationaux, sans prendre la place de l’État.

Toutefois, cette affirmation du leadership national se heurte à une réalité difficile. Malgré l’appui de partenaires étrangers, les groupes armés continuent de contrôler plusieurs zones et de menacer les déplacements de la population.

Bukele appelle ainsi les Haïtiens à ne pas abandonner leurs communautés aux organisations criminelles et à s’opposer à ceux qui favorisent leur expansion. Il assure que son pays restera aux côtés d’Haïti pour l’aider à reprendre les territoires contrôlés par ceux qu’il considère comme des traîtres à l’héritage de Dessalines.

La souveraineté nationale à l’épreuve des résultats

Au-delà de la portée politique de ces déclarations, une question demeure : si le gouvernement haïtien entend conserver la direction des opérations, pourquoi reste-t-il aussi dépendant de l’assistance internationale pour faire face à une crise sécuritaire qui perdure ?

Les annonces de recrutement de policiers, d’acquisition d’équipements et de renforcement des opérations ne suffisent plus à répondre aux attentes d’une population confrontée aux violences, aux déplacements forcés et à la paralysie de nombreuses activités économiques et sociales.

Les attentes sont concrètes : reprendre les territoires contrôlés par les groupes armés, sécuriser les axes routiers, permettre aux déplacés de regagner leurs quartiers et rétablir les services publics dans les zones affectées.

L’aide internationale peut renforcer les capacités des forces nationales, mais elle ne saurait remplacer durablement l’autorité de l’État. La protection des citoyens demeure une responsabilité fondamentale des institutions haïtiennes.

Dès lors, revendiquer le leadership des opérations engage les autorités à produire des résultats. La souveraineté ne se mesure pas uniquement aux déclarations officielles, mais aussi à la capacité de l’État à protéger sa population et à exercer son autorité sur le territoire national.

L’héritage de Dessalines ne peut donc se limiter à une référence historique ou à un argument politique. Il renvoie à la défense de l’indépendance, de la liberté et du droit du peuple haïtien à décider de son propre destin.

Jean Gilles Désinord
Vant Bèf Info (VBI)


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