À Santo, des jeunes sommés de prendre les armes, des habitants contraints de payer pour partir
De Santo 9 à Santo 17, jusque vers Chada, des groupes armés imposeraient à des jeunes de rejoindre leurs rangs sous peine d’exécution. Une source ayant requis l’anonymat décrit un territoire quadrillé de postes de contrôle, où quitter la zone a aussi un prix. Son témoignage raconte la peur et les départs sur fond d’interventions policières.

À Santo, partir ne dépendrait plus seulement de la volonté de fuir. Il faudrait aussi pouvoir payer. Aux points de passage tenus par les groupes armés, des personnes qui cherchent à quitter la zone, principalement des filles et de jeunes femmes selon notre source, se verraient réclamer entre 1 000 et 1 500 gourdes. Une somme exigée pour franchir les barrages et poursuivre leur route, loin d’un quotidien dominé par les armes.
Pour ceux qui restent, une autre menace pèserait sur les familles : le recrutement forcé. De Santo 9 à Santo 15 et Santo 17, jusque vers Chada, des gangs contraindraient des jeunes à prendre les armes. Refuser les exposerait à des menaces d’exécution, affirme notre contact, qui a demandé l’anonymat par crainte de représailles.
Dans son récit, la présence des hommes armés frappe autant par son ampleur que par la diversité des âges. À Santo 17, notre source dit avoir été sidérée par leur nombre : des jeunes, mais aussi des adultes, occupant un espace où les habitants doivent composer avec leurs exigences. Plusieurs postes de contrôle ou de péage jalonneraient les voies de circulation. Passer, rester, partir : les gestes les plus ordinaires se trouvent ainsi soumis au bon vouloir des groupes armés.
Cette emprise n’empêcherait pourtant pas les départs dans leurs propres rangs. Selon le même témoignage, des membres de gangs quitteraient eux aussi le secteur. Des proches et des compagnes de ces hommes prendraient également la route. « Anpil nan yo ap kite la, sitou madanm chèf yo», rapporte notre source : beaucoup s’en vont. Elle n’était pas en mesure toutefois d’établir ni l’ampleur de ces mouvements ni la destination de ceux qui partent.
La peur, elle, traverse tout le récit. Notre contact dit qu’elle s’est accentuée depuis la disparition signalée de soldats salvadoriens dans le secteur. Les interventions policières seraient devenues plus fréquentes, accompagnées de tirs et d’explosions que la source attribue à des drones. Elle fait état de morts et de blessés parmi les membres des groupes armés, sans pouvoir fournir de bilan vérifiable.
Pour les habitants, ces opérations se superposent à une insécurité déjà permanente. Aux menaces des gangs s’ajoute l’incertitude des affrontements : ne pas savoir quand les tirs reprendront, ni jusqu’où ils porteront. Notre source indique avoir elle-même quitté son lieu de résidence pour se mettre à l’abri.
Dans le territoire qu’elle décrit, les services publics ne constituent plus un point d’appui. Aucun service de la Direction générale des impôts accessible, aucune mairie fonctionnelle, aucune banque en activité : le témoignage dessine un espace privé des institutions qui devraient encadrer la vie collective. Notre contact ne signale pas davantage de présence policière permanente à l’intérieur des secteurs évoqués.
Seuls deux véhicules blindés seraient positionnés après le pont, devant l’église Roc Solide, selon ses indications. Cette présence ponctuelle ne suffit pas, dans son récit, à dissiper le sentiment d’abandon des habitants ni à desserrer le contrôle exercé par les groupes armés.
À travers ce témoignage se dessine une population prise entre plusieurs contraintes : rester sous la menace, voir des jeunes sommés de rejoindre les gangs, ou chercher à partir en payant le passage. À Santo, même la fuite aurait désormais son tarif.
Vant Bef Info (VBI)
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