Haïti : l’ONU révèle les réseaux qui soutiennent les gangs

Les gangs haïtiens ne reposent pas uniquement sur leurs chefs et leurs combattants. Leur capacité à financer leurs activités, à se procurer des armes et à échapper aux opérations de sécurité dépend aussi de réseaux de soutien. C’est l’un des principaux constats du rapport final du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti, publié sous la référence S/2026/714.

New York, 7 octobre 2026. —Le document décrit des liens entre des groupes armés et des acteurs politiques, économiques et sécuritaires. Il évoque notamment le financement des gangs, les fuites d’informations policières, le détournement de munitions et différentes formes de trafic. Le Groupe estime que les opérations contre les chefs de gangs auront des effets limités si ces réseaux ne sont pas également ciblés.

Des réseaux au-delà des quartiers contrôlés

Selon les experts, les groupes armés disposent de plusieurs sources de financement et de ravitaillement. Ils recourent notamment à l’extorsion, aux enlèvements contre rançon, au trafic d’armes et à d’autres activités criminelles.

Le rapport fait également état de connexions avec certains acteurs politiques et économiques. Les experts décrivent des mécanismes permettant à des groupes armés d’obtenir des ressources, des informations ou une protection.

Ces éléments, lorsqu’ils sont attribués à des personnes identifiables, relèvent des constatations ou des allégations documentées par le Groupe d’experts. Ils ne constituent pas, à eux seuls, des condamnations judiciaires.

Des failles dans l’appareil sécuritaire

Le rapport met aussi en évidence des vulnérabilités au sein des institutions chargées de lutter contre les groupes armés.

Des informations confidentielles sur des opérations policières auraient ainsi été transmises à des chefs de gangs. Le Groupe fait également état de détournements de munitions et de complicités présumées permettant à certains réseaux criminels de maintenir leur capacité opérationnelle.

Ces pratiques compliquent les opérations de la Police nationale d’Haïti (PNH) et de ses partenaires. Elles permettent aux groupes armés de s’adapter aux offensives et de préserver leurs réseaux.

Les gangs restent capables de se réorganiser

Les experts constatent des gains territoriaux enregistrés par les forces de sécurité depuis décembre 2025. L’emprise des gangs dans l’aire métropolitaine serait passée d’environ 85 % à 70 %, selon leur évaluation.

Mais ces progrès restent fragiles. Les groupes armés conservent leur capacité à se financer, à recruter, à se réapprovisionner et à déplacer leurs activités. Le rapport fait également état de meurtres, d’enlèvements, d’extorsions, de violences sexuelles et de recrutement d’enfants.

Le Groupe relève par ailleurs que 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays. Ce chiffre représente environ 12 % de la population haïtienne, selon le rapport.

L’ONU appelle à cibler les soutiens

Pour les experts, la réponse sécuritaire ne peut donc pas se limiter aux opérations visant les chefs de gangs. Elle doit également s’attaquer aux réseaux qui leur fournissent des ressources, des informations et des moyens logistiques.

Le Groupe recommande notamment de renforcer le régime de sanctions des Nations unies et d’examiner les informations recueillies sur les personnes susceptibles de répondre aux critères d’inscription sur la liste des sanctions. Il préconise également un meilleur contrôle des armes et des munitions saisies lors des opérations.

Le rapport recommande enfin de renforcer les capacités de la PNH et des Forces armées d’Haïti, notamment dans les enquêtes sur les enlèvements et les trafics.

Le constat des experts est ainsi sans équivoque sur un point : la capacité de résistance des gangs ne dépend pas uniquement de leur présence dans les quartiers. Elle repose aussi sur les réseaux qui leur permettent de financer, d’organiser et de prolonger leurs activités.

Deslande Aristilde
Vant Bèf Info (VBI)


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