Assassinat de Jovenel Moïse : quand la Colombie défend ses ressortissants, Haïti attend encore sa justice

Port-au-Prince, 7 octobre 2026. — Cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse, survenu dans sa résidence privée à Pétion-Ville dans la nuit du 7 juillet 2021, le dossier judiciaire reste au centre des interrogations en Haïti. Alors que la procédure américaine visant plusieurs anciens militaires colombiens détenus aux États-Unis se poursuit, les questions relatives aux éventuels commanditaires et aux responsabilités au sein du pays demeurent largement posées.

La récente prise de position du président colombien Abelardo de la Espriella, qui affirme vouloir apporter un soutien juridique aux anciens militaires colombiens poursuivis dans cette affaire ainsi qu’à leurs familles, contraste avec le sentiment d’attente qui domine en Haïti.

Le dirigeant colombien entend notamment défendre ses ressortissants et faire la lumière sur leur rôle dans cette affaire. Il refuse, selon ses déclarations, de laisser « ses héros seuls ».

En Haïti, cinq ans après le crime, une partie de la population attend toujours des réponses sur les circonstances exactes de l’assassinat et sur l’ensemble des responsabilités qui pourraient en découler.

La question des commanditaires demeure

L’assassinat de Jovenel Moïse ne se résume pas aux hommes qui ont été arrêtés ou identifiés dans le cadre des différentes procédures judiciaires. Une question centrale reste celle des éventuels commanditaires et de ceux qui auraient pu faciliter ou financer l’opération.

Les enquêtes menées en Haïti et à l’étranger ont permis de mettre en lumière plusieurs protagonistes et différents réseaux autour de l’opération. Mais l’établissement définitif des responsabilités doit encore passer par la justice et par des éléments de preuve soumis au débat judiciaire.

C’est précisément cette attente qui nourrit les critiques envers la justice haïtienne.

L’assassinat d’un président en exercice aurait dû constituer un dossier prioritaire pour les institutions judiciaires. Pourtant, cinq ans après les faits, l’affaire demeure marquée par les procédures qui se prolongent, les interrogations et les zones d’ombre.

Une justice confrontée à ses propres limites

Depuis juillet 2021, Haïti a connu plusieurs changements politiques. Des gouvernements se sont succédé, de nouvelles alliances se sont constituées et le pays a traversé d’autres crises majeures.

Mais le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse demeure ouvert dans la mémoire collective et continue de poser une question essentielle à l’État : sa capacité à établir les responsabilités dans un crime qui a profondément marqué l’histoire récente du pays.

La situation des ressortissants colombiens constitue également un volet important du dossier. Plusieurs anciens militaires colombiens ont été arrêtés et poursuivis dans le cadre des procédures engagées après l’assassinat. Leur pays d’origine continue de suivre leur situation et leurs familles bénéficient désormais d’un soutien annoncé par les autorités colombiennes.

Les États-Unis, de leur côté, ont engagé leurs propres procédures contre plusieurs personnes accusées d’avoir participé au complot ayant conduit à l’assassinat du président haïtien.

Les responsabilités politiques restent une question sensible

Au-delà des exécutants présumés, l’affaire continue de soulever des interrogations sur les éventuelles responsabilités politiques et financières entourant le crime.

Ces questions ne peuvent toutefois être tranchées par les déclarations politiques ou les accusations publiques. Elles nécessitent des enquêtes solides, des preuves et des décisions judiciaires.

Pour une partie de la société haïtienne, l’enjeu dépasse donc le seul sort des personnes déjà poursuivies. Il s’agit de déterminer, dans le respect des procédures judiciaires, qui a planifié, financé, facilité ou exécuté l’assassinat de Jovenel Moïse.

Cinq ans après le crime, cette attente reste particulièrement lourde.

La famille de l’ancien président attend des réponses. La société haïtienne aussi. Et au-delà des appartenances politiques, l’établissement de la vérité sur l’assassinat d’un chef d’État constitue une question majeure pour la justice et pour l’État de droit en Haïti.

Le temps qui passe ne fait pas disparaître cette exigence. Il renforce au contraire la nécessité d’une procédure judiciaire capable d’établir les faits, d’identifier les responsabilités et de rendre des décisions fondées sur les preuves.

Alfailly Junior Pierre
Vant Bèf Info (VBI)


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