Affaire Thélyson Orélien : après l’exclusion du Goncourt, des voix refusent le verdict sans débat

Écarté de la sélection du prix Goncourt sur fond d’accusations de plagiat et de recours à l’intelligence artificielle, Thélyson Orélien voit aussi des écrivains prendre sa défense. Parmi eux, Pascal Bruckner, membre de l’Académie, conteste ouvertement la décision. Ces soutiens appellent à entendre l’auteur et à examiner les preuves, sans effacer la gravité des faits qui lui sont reprochés.

La décision est tombée vendredi 25 septembre. L’Académie Goncourt a retiré C’était ça ou mourir de sa première sélection. Elle invoque des plagiats révélés dans d’anciens textes de Thélyson Orélien et des analyses qui, selon elle, indiquent que son roman serait très largement le produit d’une intelligence artificielle. Pour l’écrivain canado-haïtien, dont le livre s’était imposé comme l’un des succès de la rentrée littéraire, le coup est rude.

Mais la décision n’a pas fait l’unanimité, y compris au sein de l’Académie. Pascal Bruckner affirme s’être opposé au retrait. « Ils ont fait du zèle », a-t-il déclaré à Radio-Canada, regrettant que sa voix n’ait pas compté. Il persiste à voir dans C’était ça ou mourir le meilleur roman de la rentrée, malgré ses imperfections et ses tics de langage. Et il pose une question à laquelle il souhaite une réponse précise : « Je voudrais qu’on me prouve comment une intelligence artificielle peut écrire C’était ça ou mourir. »

Bruckner ne délivre pourtant pas un certificat d’innocence à Orélien. Il dit attendre ses explications et estime même que certaines allégations sont probablement fondées. Sa position tient dans cette tension : les doutes doivent être examinés, mais ils ne lui font pas renier le jugement littéraire qu’il porte sur le roman.

D’autres voix s’étaient élevées avant l’exclusion. Sur le plateau de C ce soir, Virginie Despentes a défendu l’écrivain face à l’accusation lancée sur les réseaux sociaux à partir du détecteur Pangram. Elle a dénoncé le harcèlement visant Orélien et estimé que la dimension raciale des attaques ne pouvait être écartée. Sa défense porte aussi sur une question plus large : quelle place faut-il accorder aux outils de détection dans le jugement d’une œuvre et de son auteur ?

Le romancier Mohamed Mbougar Sarr, prix Goncourt 2021, a choisi une autre voie : celle de la retenue. Dans une tribune publiée par Le Nouvel Obs, il exprime sa compassion pour Orélien et s’inquiète de la violence de l’emballement public. Sa position est nuancée. Il écrit avoir trouvé le roman surévalué, reconnaît ignorer si l’IA a servi à l’écrire et demande que l’auteur puisse s’expliquer. Il invite également à prendre au sérieux la part raciste de certaines attaques, sans qualifier de raciste toute interrogation sur le livre.

Ces soutiens ne dissipent pas l’autre volet de l’affaire. La Presse, au Québec, a relevé qu’une chronique publiée sous la signature d’Orélien en 2013 reprenait presque entièrement, sous une forme traduite et remaniée, un article paru auparavant dans The Philippine Star. Ce constat appelle une réponse de l’écrivain. Il concerne toutefois un texte ancien : il ne démontre pas, à lui seul, comment C’était ça ou mourir a été rédigé.

Deux questions demeurent donc, avec leurs éléments propres. Que répond Orélien aux plagiats relevés dans ses écrits antérieurs ? Sur quelles preuves peut-on établir la part éventuelle de l’IA dans son roman ? L’Académie a pris sa décision. Le débat, lui, ne peut se satisfaire ni d’une absolution dictée par l’admiration, ni d’une condamnation qui dispenserait d’exposer les faits. Entre les accusations et les voix qui le défendent, Thélyson Orélien doit encore pouvoir répondre sur le fond.

Wandy CHARLES

Vant Bef Info (VBI)


Discover more from Vant Bèf Info (VBI)

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *