Haïti en danger : la TRN met le gouvernement face à ses responsabilités
Près de vingt-deux mois après l’arrivée au pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé, la sécurité reste un défi majeur et les élections demeurent incertaines. Dans une note de position publiée le 9 septembre, la Table de la Relève Nationale (TRN) tire la sonnette d’alarme et appelle à un véritable changement de trajectoire.

Port-au-Prince — Haïti s’enfonce dans une crise où les annonces ne suffisent plus et où la population réclame des résultats. Dans sa deuxième note de position, la Table de la Relève Nationale (TRN) dresse un constat sévère de la situation sécuritaire et interpelle directement les autorités sur leur capacité à rétablir durablement l’autorité de l’État.
Pour la TRN, multiplier les opérations de sécurité ne signifie pas nécessairement reprendre le contrôle du pays. Un territoire n’est véritablement reconquis que lorsque les citoyens peuvent y circuler, travailler, envoyer leurs enfants à l’école et accéder aux services publics sans vivre sous la menace des groupes armés.
Le massacre de Kenscoff, qui aurait fait au moins 47 morts, dont cinq enfants, ainsi que l’enlèvement prolongé de James Boyard, haut responsable de la défense et de la police, illustrent, selon la plateforme, la profondeur de la crise.
La TRN met également en garde contre une dépendance excessive aux drones et aux prestataires privés de sécurité. Ces outils peuvent soutenir les opérations, mais ils ne peuvent remplacer durablement la police, la justice et les institutions de l’État.
Deux priorités, deux résultats toujours attendus
À son arrivée à la Primature, le 11 novembre 2024, Alix Didier Fils-Aimé avait placé la sécurité et les élections parmi les principales priorités de son gouvernement.
Près de vingt-deux mois plus tard, la TRN estime que le bilan reste insuffisant : la sécurité n’est pas durablement rétablie et le pays n’a toujours pas renouvelé ses institutions par les urnes.
Le constat est particulièrement préoccupant à l’approche du calendrier électoral. Pour la TRN, le 13 décembre 2026 ne paraît pas, dans les conditions actuelles, suffisamment réaliste pour garantir des élections sûres, inclusives et crédibles.
Quinze décisions pour changer de méthode
Face à cette situation, la plateforme propose quinze décisions portant notamment sur la reconquête durable du territoire, la sécurisation des corridors, l’encadrement des drones et des contrats privés, le démantèlement des réseaux criminels, le renforcement du système police-justice et la création de conditions minimales de sécurité pour les élections.
Mais au-delà des propositions techniques, le message de la TRN est avant tout politique : le pays ne peut plus continuer à fonctionner dans l’attente permanente d’une amélioration qui ne vient pas.
La plateforme appelle ainsi à examiner une alternative sérieuse de gouvernance, avec une équipe compétente, crédible et soumise à des objectifs précis et vérifiables.
Le cri d’une population épuisée
Pendant que les responsables débattent de stratégies, de calendriers et d’opérations, une grande partie de la population continue de payer le prix de l’insécurité.
Alfailly Junior Pierre
Vant Bèf Info
Des familles sont déplacées. Des commerces ferment. Des écoles cessent de fonctionner. Des citoyens sont enlevés ou tués. Des quartiers entiers vivent dans la peur.
Haïti n’a plus seulement besoin de promesses. Elle a besoin d’un État capable d’agir, de protéger et de rendre des comptes.
L’interpellation de la TRN devrait donc résonner au-delà des bureaux du pouvoir : si la sécurité et les élections constituent les raisons principales de cette gouvernance de transition, leurs résultats doivent pouvoir être mesurés.
Le temps des discours s’amenuise. Le peuple attend des actes.
Car changer de date ne suffira plus. Haïti a besoin de changer de trajectoire, de méthode et surtout de résultats.
Alfailly Junior PIERRE
Vant Bèf Info
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