Antoine Michon : « la sécurité demeure la condition essentielle à l’organisation des élections »
À l’approche des prochaines échéances électorales, l’ambassadeur de France en Haïti estime que le respect du calendrier ne doit jamais primer sur la crédibilité du scrutin. Tout en saluant les avancées enregistrées dans l’organisation du processus, Antoine Michon considère que le retour d’un niveau de sécurité acceptable demeure la condition indispensable à des élections inclusives et légitimes.

Port-au-Prince, 30 juillet 2026.- Au moment de tourner la page de sa mission diplomatique en Haïti, Antoine Michon voit dans les prochaines élections l’une des étapes les plus décisives pour l’avenir du pays. Mais le diplomate français met en garde contre toute précipitation.
À ses yeux, la réussite du processus électoral ne dépend pas uniquement d’un calendrier ou d’une volonté politique. Elle repose avant tout sur la capacité de l’État à garantir des conditions minimales de sécurité permettant aux citoyens d’exercer librement leur droit de vote. C’est dans cette logique qu’il dit soutenir l’approche retenue par le Conseil électoral provisoire (CEP), qui conditionne l’organisation du scrutin à l’amélioration de la situation sécuritaire.
Un calendrier réaliste face aux contraintes du terrain
Pour Antoine Michon, le choix du CEP traduit une lecture lucide des réalités auxquelles Haïti est confrontée. L’organisation d’élections nationales représente une opération d’une complexité exceptionnelle qui mobilise d’importants moyens humains, matériels et financiers. « C’est une opération de grande envergure, une grosse logistique et des moyens importants doivent être mobilisés », souligne-t-il.
Selon lui, l’acheminement du matériel électoral vers l’ensemble du territoire suppose d’abord que les principaux axes routiers soient sécurisés et praticables. Dans le contexte actuel, où plusieurs communes restent affectées par l’insécurité ou difficilement accessibles, cette condition demeure loin d’être acquise.
Des candidats libres, des électeurs en sécurité
Au-delà des défis logistiques, Antoine Michon rappelle qu’un scrutin démocratique ne peut être réduit au seul jour du vote. Toute la période électorale doit pouvoir se dérouler dans un climat apaisé. Les candidats doivent être en mesure de parcourir le territoire, de présenter leurs programmes et de rencontrer les électeurs sans craindre les groupes armés. Les citoyens, eux aussi, doivent pouvoir circuler librement, rejoindre les bureaux de vote et exercer leur droit sans intimidation.
Or, constate le diplomate, ces garanties restent aujourd’hui incomplètes. « Quand près de 30 % de l’électorat se retrouve en dehors du processus à cause de l’insécurité et de ses conséquences, cela devient extrêmement compliqué. » Pour lui, un scrutin qui laisserait de côté une partie importante du corps électoral risquerait d’affaiblir sa légitimité dès son organisation.
Mieux vaut quelques jours de plus qu’un scrutin contesté
L’ambassadeur français ne cache pas sa préférence pour une approche pragmatique. À ses yeux, le respect d’une date ne doit jamais l’emporter sur la qualité du processus. Il rappelle que les prochaines élections représenteront un investissement considérable. Le coût de l’opération est estimé à près de 120 millions de dollars, un montant qui impose, selon lui, d’éviter toute improvisation.
« S’il faut prendre quelques jours de plus, je ne suis pas contre. » Cette déclaration ne traduit pas une volonté de retarder les élections, précise-t-il, mais plutôt le souci d’éviter un scrutin organisé dans des conditions susceptibles d’en compromettre les résultats. Pour Antoine Michon, l’enjeu dépasse largement la tenue d’un vote. Il s’agit de restaurer durablement la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques.
Des avancées qui méritent d’être consolidées
Malgré les nombreux défis, le diplomate reconnaît que plusieurs progrès ont été accomplis. Il souligne notamment la continuité de l’action gouvernementale, qu’il considère comme un facteur de stabilité dans un contexte institutionnel longtemps marqué par les ruptures. Il salue également la mise en place du Conseil électoral provisoire, aujourd’hui opérationnel. Selon lui, l’institution a déjà engagé plusieurs actions importantes, notamment la publication du calendrier électoral, signe que le processus avance progressivement. Ces acquis doivent désormais être consolidés afin d’éviter tout nouveau blocage politique.
Mais pour Antoine Michon, aucune avancée institutionnelle ne pourra produire d’effets durables sans une amélioration significative de la sécurité. Les efforts engagés contre les groupes armés, la stratégie offensive adoptée par la Police nationale et les premiers résultats obtenus constituent, selon lui, des signaux encourageants. Ils restent toutefois insuffisants pour garantir, à eux seuls, le bon déroulement des prochaines élections.
Le diplomate insiste également sur la nécessité de poursuivre les réformes de gouvernance financière afin de permettre à l’État de renforcer progressivement son autonomie et de moins dépendre des partenaires internationaux. Pour lui, sécurité, gouvernance et élections forment un tout indissociable.
En quittant Haïti, Antoine Michon dit conserver l’espoir de voir le pays renouer avec un fonctionnement institutionnel normal. Car, au-delà de l’échéance électorale elle-même, le véritable défi consistera à doter Haïti d’institutions plus solides, de dirigeants pleinement responsables devant les citoyens et d’un État capable d’assurer durablement ses deux missions fondamentales : garantir la sécurité et rendre la justice.
Wandy CHARLES
Vant Bef Info (VBI)
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