En Haïti, la gourde reste stable mais l’économie demeure fragile
Le taux de change évolue peu depuis plusieurs mois, tandis que l’inflation ralentit légèrement. Cependant, cette stabilité ne signifie pas que l’économie va mieux. Les dépenses de l’État augmentent rapidement, l’activité économique continue de reculer et le pouvoir d’achat des ménages reste fortement affaibli.

Port-au-Prince, 24 juillet 2026.- La gourde affiche une certaine stabilité face au dollar américain. Ce vendredi, la Banque de la République d’Haïti établissait son taux de référence à 130,5501 gourdes pour un dollar américain. Cette situation peut donner l’impression d’une amélioration. Pourtant, un taux de change stable ne suffit pas à montrer qu’une économie est en bonne santé. En Haïti, la production reste faible, de nombreuses entreprises fonctionnent au ralenti et les ménages continuent de faire face à un coût de la vie élevé.
La stabilité de la gourde s’explique notamment par les transferts d’argent envoyés par la diaspora et par les réserves en devises détenues par la Banque centrale. Ces ressources permettent de réduire les fortes variations du dollar, mais elles ne remplacent pas une véritable relance de l’économie nationale.
Les dépenses de l’État augmentent plus vite que les recettes
Les dernières données publiées par le Ministère de l’Économie et des Finances montrent une détérioration des finances publiques. Entre octobre 2025 et juin 2026, l’État a encaissé environ 160,2 milliards de gourdes en recettes. Durant la même période, il a dépensé plus de 165,2 milliards de gourdes.
Cela signifie que les dépenses ont dépassé les recettes. En termes simples, l’État a dépensé davantage d’argent qu’il n’en a collecté.
Le déficit atteint environ 5,1 milliards de gourdes lorsque les dépenses déjà engagées sont prises en compte. En considérant les sorties réelles d’argent de la trésorerie publique, l’écart est beaucoup plus important et s’élève à 44,2 milliards de gourdes.
Cette situation contraste avec l’année précédente, durant laquelle l’État avait enregistré un excédent à la même période. L’augmentation des dépenses s’explique notamment par la masse salariale de l’administration publique, les dépenses courantes et les investissements consacrés à la sécurité.
Les ministères de l’Éducation nationale, de la Santé publique et de la Justice représentent une grande partie des salaires versés par l’État. Parallèlement, les investissements publics ont fortement progressé, particulièrement au profit de la Police nationale d’Haïti.
L’État emprunte davantage pour financer ses activités
Pour couvrir le manque d’argent, le gouvernement a eu davantage recours au financement intérieur. La Banque de la République d’Haïti a accordé environ 32,6 milliards de gourdes de financement net au Trésor public. L’État a également utilisé les bons du Trésor, qui sont des titres permettant au gouvernement d’emprunter de l’argent auprès des institutions financières et d’autres investisseurs.
Ces mécanismes permettent à l’État de payer certaines dépenses urgentes. Toutefois, lorsqu’un gouvernement emprunte régulièrement pour couvrir ses besoins, cela peut créer des risques. À long terme, un financement excessif du déficit peut entraîner une hausse des prix, exercer une pression sur la gourde et affaiblir davantage les finances publiques.
L’inflation ralentit, mais les prix continuent d’augmenter
L’inflation a légèrement diminué au cours des derniers mois. Elle s’établissait à environ 20 % en mai 2026, contre 21 % en avril. Il est important de comprendre qu’un ralentissement de l’inflation ne signifie pas que les prix baissent. Cela veut simplement dire qu’ils augmentent moins rapidement qu’auparavant.
Les consommateurs continuent donc de payer plus cher les produits alimentaires, le transport, le logement et plusieurs autres services essentiels. Cette hausse des prix est alimentée par l’insécurité, les difficultés de transport, les routes bloquées, les coûts supplémentaires imposés aux commerçants et la faiblesse de la production locale.
Même lorsque le dollar reste relativement stable, les prix peuvent continuer à augmenter à cause des difficultés internes du pays.
Une nouvelle année de recul économique
Le Fonds monétaire international estime que l’économie haïtienne s’est contractée de 2,7 % en 2025. Pour 2026, il prévoit une nouvelle baisse de 1,7 %. Une contraction économique signifie que le pays produit moins de biens et de services qu’auparavant.
Si cette prévision se confirme, Haïti connaîtra une huitième année consécutive de recul économique. L’agriculture, le commerce, l’industrie, le transport et plusieurs autres secteurs sont affectés par l’insécurité, le manque d’investissements et les perturbations des circuits commerciaux. Cette situation réduit les possibilités d’emploi, limite les revenus des entreprises et affaiblit les ressources fiscales de l’État.
La relative stabilité de la gourde constitue un élément positif, mais elle ne doit pas cacher les difficultés profondes de l’économie. Le pays continue de faire face à trois problèmes majeurs : une activité économique en recul, des dépenses publiques supérieures aux recettes et un pouvoir d’achat toujours affaibli.
Pour obtenir une amélioration durable, la stabilité du taux de change devra s’accompagner d’une reprise de la production, d’une amélioration de la sécurité, d’un meilleur fonctionnement des routes commerciales et d’un soutien réel aux entreprises.
En l’absence de ces changements, la stabilité monétaire restera fragile et dépendra principalement des transferts de la diaspora et des réserves de la Banque centrale, plutôt que d’une véritable croissance économique.
Wandy CHARLES
Vant Bef Info (VBI)
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