Haiti – Insécurité : Des drones lancés en plein centre-ville, la peur s’installe
Le largage de drones explosifs dans plusieurs quartiers du centre-ville de Port-au-Prince au cours du week-end écoulé a plongé de nombreux habitants dans l’angoisse. Les personnes les plus vulnérables, incapables de quitter la zone, vivent désormais dans une peur constante, alors que les activités économiques et sociales sont fortement perturbées.
Dans un contexte marqué par la poursuite des affrontements entre gangs armés et forces de l’ordre, la situation sécuritaire demeure préoccupante. Pour de nombreuses familles, les explosions provoquées par ces drones constituent une nouvelle épreuve dans un quotidien déjà fragilisé par la violence.

Port-au-Prince, le 8 juin 2026 –
Les détonations intermittentes de drones chargés d’explosifs dans certains secteurs de l’aire métropolitaine aggravent les conditions de vie des populations. Des zones comme l’avenue Magloire Ambroise, les rues Nicolas et Oswald Durand, Portail Léogâne ou encore le Bicentenaire figurent parmi les secteurs les plus touchés.

Aux premières heures de la matinée, la rédaction de Vant Bèf Info (VBI) a rencontré ce lundi 8 juin 2026, à Delmas un père de trois enfants qui a décrit le calvaire vécu par ceux qui résident encore dans ces quartiers aujourd’hui largement contrôlés par les gangs armés.
« Toute la journée, les enfants pleurent et vivent dans la peur lorsque les forces engagées dans les opérations de sécurité lancent des drones explosifs. Dans plusieurs cas, ces engins n’atteignent pas leurs cibles présumées et des civils non armés en paient le prix », raconte-t-il.
Cette situation affecte également le fonctionnement des écoles. Les établissements peinent à assurer leurs activités de manière régulière et les élèves, confinés chez eux, ne disposent pas des conditions nécessaires pour poursuivre sereinement leurs études.
Au Bicentenaire, les traces de la violence sont visibles à chaque coin de rue. Des murs criblés de balles, des maisons incendiées ou transformées en repaires de groupes armés témoignent de l’ampleur de la crise. Les activités commerciales y sont pratiquement inexistantes. Les marchands ambulants ont déserté les lieux pour chercher des zones plus sûres.
Le résident interrogé affirme également avoir été témoin de scènes particulièrement choquantes, notamment de corps déchiquetés à la suite d’explosions attribuées à des drones.
Face à cette réalité, même les pratiques religieuses sont affectées. La fréquentation des lieux de culte a considérablement diminué, plusieurs fidèles préférant éviter les déplacements. Faute de moyens financiers suffisants, de nombreuses familles demeurent cependant piégées dans ces quartiers. Ce père de famille, professionnel et travailleur assidu, envisage désormais de quitter le milieu qui l’a vu grandir.
Les attaques de drones suscitent des inquiétudes en matière de droits humains
Les opérations menées à l’aide de drones explosifs continuent également de soulever des préoccupations au sein des organisations de défense des droits humains.
Réagissant aux données publiées par le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) concernant le nombre de morts et de blessés enregistrés lors d’opérations de sécurité contre les gangs armés, notamment celles impliquant des drones qui seraient parfois opérés par une société militaire privée, Ana Piquer, directrice pour les Amériques à Amnesty International, a déclaré :
« L’utilisation de drones armés dans des zones urbaines densément peuplées crée un précédent inquiétant en Haïti et expose la population, en particulier les enfants, à un danger direct. Elle donne probablement lieu à des exécutions extrajudiciaires. Les autorités haïtiennes doivent empêcher leur usage illégal et préciser qui déploie ces drones et dans quel cadre juridique. »
Dans le même registre, selon Human Rights Watch, les attaques de drones explosifs menées avec le soutien présumé de sociétés militaires privées auraient causé la mort de 1 247 personnes entre mars 2025 et janvier 2026 dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Parmi les victimes figureraient 17 enfants et 43 adultes non affiliés à des groupes criminels.
Après plus de quinze mois d’utilisation de cette stratégie sécuritaire, plusieurs observateurs estiment que les gangs armés continuent de maintenir leur capacité d’action. Les enlèvements, les extorsions et les détournements de véhicules demeurent fréquents dans plusieurs zones du pays.
Malgré ces constats, les autorités haïtiennes affirment enregistrer des progrès dans la lutte contre l’insécurité et évoquent une amélioration graduelle de la situation sécuritaire, tant dans la capitale que dans plusieurs autres départements du pays.
Uguenson Auguste
Vant Bèf Info (VBI)
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