Wyclef Jean : Le jazz à la sauce haïtienne

Par Gandhi “LeMetronome” Dorsonne

Du 11 au 14 septembre, le Blue Note de New York s’est transformé en lakou.

Greenwich Village a vibré aux rythmes d’Ayiti. Pendant quatre soirées, Wyclef Jean, légende du hip-hop américain, a investi le légendaire Blue Note Jazz Club pour une résidence exceptionnelle de huit sets, transformant cette institution en lakou créole où le rara a dialogué avec le swing, et où les tambours ont fait résonner la mémoire d’Haïti en plein cœur de Manhattan.

Chaque soir, de 20h à 22h30, l’artiste de 54 ans s’est produit devant les 200 places de ce temple du jazz fondé en 1981 par l’entrepreneur Danny Bensusan. Alors que Port-au-Prince saigne et que les manchettes mondiale ne parle d’Haïti qu’à travers la violence des gangs, Wyclef et son complice de toujours, Jerry Wonda, ont offert une respiration, une réparation, un rappel lumineux : notre peuple, c’est aussi du génie, de l’art, une force créatrice capable de métamorphoser la douleur en mélodie.

L’alchimie de deux génies

Il fallait voir Jerry “Wonda” Duplessis, cousin et collaborateur de longue date, passer de la basse aux tambours comme s’il changeait de peau, sous l’œil des caméras qui ont rendu ces moments viraux sur les réseaux sociaux. Ce Multi-Award Winning Music Producer, entrepreneur, musicien et philanthrope du Booga Basement qui a co-signé les plus grands succès de Wyclef depuis les Fugees, a encore une fois démontré son rôle central dans l’ascension de son cousin au rang de figure mondiale.

Quand le rara a éclaté dans la salle feutrée du Blue Note, c’est Jerry qui a donné le la. La basse s’est muée en pulsation, la percussion en langage, et ce club mythique a basculé dans l’énergie d’un carnaval haïtien. Le moment fort fut celui où un musicien fit sonner une coquille de lambi, symbole de liberté, remplaçant les bambous de Léogâne. Les cousins ont alors transformé le Blue Note en sanctuaire de mémoire et de réinvention.

Une soirée complice, sous le regard de Chris Rock

L’ambiance n’était pas seulement musicale : elle était familiale. Le public vibrait comme dans une veillée de retrouvailles, suspendu aux gestes et aux mots de la star haïtienne. Dans la salle, on notait la présence du comédien Chris Rock, habitué des “apparitions surprises” que cultive le Blue Note avec des personnalités comme Stevie Wonder ou Ed Sheeran.

Pas d’artifices, pas de pyrotechnie : seulement la vérité d’une complicité brute entre musiciens et spectateurs. Quand retentit “Hips Don’t Lie”, le tube planétaire partagé avec Shakira, les murs du club semblèrent reconnaître leurs nouveaux maîtres. Dans cette intimité de 200 places, loin des stades que l’artiste a l’habitude de remplir, le musicien haïtien retrouvait un contact direct avec ceux qui l’admirent depuis toujours.

Une tournée mondiale qui passe par l’intime

Cette résidence new-yorkaise s’inscrit dans une année 2025 particulièrement active pour Wyclef Jean, qui enchaîne les concerts aux quatre coins du monde : Abu Dhabi, Boston, Detroit, et maintenant New York. Mais le choix du Blue Note révèle une autre ambition : retrouver l’essence de la musique live, cette alchimie particulière entre artiste et public que les grandes arènes ne permettent plus.

Le Blue Note, avec ses murs chargés d’histoire et sa réputation internationale, a été le cadre idéal pour cette rencontre. Dans un monde où les concerts deviennent des machines impersonnelles, le musicien a rappelé que la musique, à sa source, est un dialogue intime, une célébration partagée.

L’excellence et l’émotion pour la diaspora

Ces quatre soirées ont aussi résonné comme un message puissant pour la diaspora haïtienne de New York, particulièrement nombreuse dans la salle. Voir Wyclef et Jerry Wonda conquérir ce haut lieu culturel américain par la beauté plutôt que par les armes, c’était offrir une autre image d’Haïti, celle de la création et de l’excellence.

Ces concerts n’étaient pas de simples représentations : c’était une affirmation culturelle. La preuve que le jazz peut s’écrire en créole, que le rara peut dialoguer avec le swing, que l’âme haïtienne peut s’inviter au cœur d’une institution américaine sans rien perdre de sa force.

Jazz à la sauce haïtienne

Au final, ces soirées resteront comme une démonstration éclatante : le jazz haïtien, c’est l’art de transformer l’excellence en émotion, la technique en transe, et le Blue Note en lakou. Quand Wyclef a mené son carnaval dans ce temple du jazz, il n’a trahi ni le Hip Hop, ni le rara ni le jazz : il les a mariés dans une évidence transculturelle que seuls les grands savent créer.


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